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19 décembre 2015 6 19 /12 /décembre /2015 17:15
A quelle sauce manger Timoteo ?

Nous avons aussi mangé Timoteo, mais pas à la même sauce que la « justice » guatémaltèque...

Timoteo est un habitant de Monte Olivo, une communauté d'Amérindiens Mayas Q'eqchi', perchée dans les montagnes du Haut-Verapaz, au Guatemala.

Depuis la fin de la guerre, on vivait dans ce hameau assez tranquillement. Un peu d'agriculture vivrière et des plantations de cardamone destinées à l'export. Jusqu'au jour où une entreprise a projeté de construire sur la rivière un barrage hydroélectrique grâce, notamment, à des fonds européen et suisse.

Or, à Monte Olivo, la rivière rythme la vie. Les femmes y puisent l'eau à boire et y lavent le linge. Les enfants s'y baignent. Les hommes y pêchent et y font boire les bêtes.

Mais le capitalisme vert, celui qui a réussi à faire bonne mine récemment à Paris, est arrivé comme toujours avec ses gros sabots. Pour imposer son projet agréé par l'ONU comme «mécanisme de développement propre», il n'a certes rien inventé : imposer, mentir, diviser, soudoyer jusqu'à semer la zizanie et la discorde parmi les Q'eqchi' vivant le long du fleuve. On en a aidé certains et employé d'autres, tandis que les durs de tête étaient convoqués, réprimés, criminalisés, emprisonnés... Le gouvernement guatémaltèque leur a même envoyé 1500 policiers l'an passé, obligeant ces familles de paysans à fuir plusieurs jours dans les montagnes, avec leurs enfants dans les bras...

Timoteo est un symbole pour les victimes de cette stratégie : il a passé un an en prison préventive avant que le juge ne reconnaisse son innocence et l'acharnement qu'il a subi. On l'accusait d'avoir tué l'assassin de deux enfants de la communauté. Timoteo aurait, prétendait-on, frappé à mort un ex-employé de l'entreprise hydroélectrique venu un jour armé à Monte Olivo pour régler le compte d'un opposant au barrage. Sauf que le bougre finit par assassiner par balles deux enfants d'à peine dix ans, puis fût lynché sur place, probablement par une foule en colère, et retrouvé dans un fossé...

A qui la faute ? Pas à Timoteo !

Pendant qu'il était en prison et qu'une bonne partie des hommes de Monte Olivo n'osaient plus sortir du hameau parce qu'ils avaient reçu des mandats d'arrestation, nos amis Amalia et Maximo se sont occupés de son épouse et de ses enfants. Tous deux animent un mouvement social maya qui lutte contre le néocolonialisme vert et les grands projets inutiles, tout en organisant l'autonomie amérindienne. Comme c'est leur association qui a aussi assuré la défense de Timoteo, pour les en remercier, celui-ci leur a offert ce qui lui restait : un coq !

Amalia et Maximo ont immédiatement introduit dans leur basse-cour ce splendide gallinacé en le baptisant à son tour du nom de « Timoteo ». La plupart de leurs bêtes portent ainsi des prénoms de leurs amis. Peut-être un jour verra-t-on dans ce petit élevage, une oie nommée « Cécile » ou un bouc baptisé « Daniel », rigolaient-ils lors de notre dernier séjour chez eux, dans un village du Haut-Verapaz proche de Coban. Pour honorer notre visite, ce jour-là, ils ont égorgé Timoteo. Alors nous l'avons mangé à notre tour, non pas tout cru comme l'institution judiciaire guatémaltèque, mais cuisiné lentement au feu de bois dans du vin rouge chilien.

Mieux vaut se noyer dans le vin d'une brique de « Terminator », plutôt que de moisir dans une cave à barreaux, n'est-ce pas Timoteo ?

A quelle sauce manger Timoteo ?

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