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25 novembre 2008 2 25 /11 /novembre /2008 13:39

Si on nous avait raconté cette scène vue dans une rue de Palerme alors que nous étions assis à la terrasse d’un bar, on ne l’aurait pas cru. J’aurais dit à cet hypothétique conteur :

« Allez, arrête un peu de déblatérer tant de clichés ! » Mais Palerme, dans cette rue, n’est que clichés. Cliché de la Sicile. Imaginez la ruelle d’une vieille ville méditerranéenne bordée de bars dont les tables et les chaises gênent l’entrée des immeubles et la circulation des véhicules. On sert dans ces lieux bruyants surtout fréquentés des étudiants de grandes bouteilles de bière Moretti à 1,5 euros et des Panini salami à 1 euro en promo. Celui qui n’est pas trop regardant sur la netteté de la cuisine, peut consommer-là victuailles et breuvages jusqu’à plus soif. Mais ce n’est pas tant l’abus d’alcool qui est caractéristique de cette rue de Palerme, bien qu’un ou deux larrons la traversent en titubant à l’occasion. C’est « the » patron, le « boss » du coin.

L’homme est un quinqua bedonnant très peu discret dans son pantalon de toile rouge, sa chemise blanche ouverte sur un torse velu où scintille un médaillon en or à l’effigie de la sainte vierge comme le porte beaucoup de Siciliens. Il semble omnipotent, crie vers l’autre bout de la rue interpellant un barman plus bas, puis un autre plus haut. C’est simple : la rue lui appartient. D’abord, il parle avec de grands gestes tout en étant suspendu à son téléphone portable. Puis il place un immigré indien bredouillant l’Italien devant un stand de cacahouètes à un euro le paquet. Il lui crie dessus, l’envoie chercher des chaises pour la terrasse d'un bar dont l’immigré n’a visiblement rien à faire, comme s’il s’agissait là d’un tribut pour pouvoir obtenir le droit de placer sa charrette à cacahouètes. A peine l’Indien est-il revenu avec deux chaises, qu’il doit repartir en chercher deux autres, puis doit en ramener parce qu'il y en a trop, et puis non, il en faut finalement une autre. Et le boss de gesticuler au milieu de la rue, d’interrompre ses cris sur l’Indien pour une brève conversation téléphonique jusqu’à ce qu’un scooter pile devant lui. Son conducteur lui tend alors un autre téléphone qu’il empoigne. Le voilà qui vocifère de nouveau deux ou trois ordres, le rend à son possesseur qui redémarre en trombe. L’indien s’est déjà vu relancer l’ordre de déplacer d’autres chaises. Il paraît de plus en plus gêné. Il reste impuissant, humilié.

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Et nous pensons en le regardant, nous qui venons de rencontrer pendant 4 jours des militants antimafia luttant notamment contre le

« pizzo », ce racket encaissé par Cosa Nostra, que cet immigré - qui plus est – pourrait bien le payer. 80% des commerçants de Palerme verse à la mafia un pizzo. Rien que dans cette province, alors que la pratique est généralisée sur toute l’île, la valeur extorquée s’élevait à 220 millions d’euros en 2006, soit l’équivalent de 175 euros par habitants. Mi novembre, comme dans un mauvais film, le président des industriels d'Agrigente où un mouvement antipizzo s’initie chez les entrepreneurs, a reçu un sinistre colis : un cercueil miniature surmonté d’une croix… (Notre reportage devrait s’intituler « Le cran des Siciliens »). Rentrés à l’hôtel, encore troublés par cette scène, nous allumons la télévision de notre chambre. Le canal sicilien montre un débat dans le parlement local visiblement axé sur la mafia. Les élus s’empoignent verbalement entrecroisant les mots « mafia » et « antimafia ». Le flash info qui suit montre l’arrestation d’une poignée de truands qui avaient kidnappé un entrepreneur pour le rançonner. Plusieurs voitures venaient aussi de s’enflammer. Encore la mafia. Alors, pour tenter de se changer les idées, nous avons zappé sur une chaîne nationale. Berlusconi y faisait un discours en Russie durant lequel il qualifiait le nouveau président élu des Etats-Unis « de jeune, beau et bronzé ». Sidérés, nous avons encore zappé. Sur le téléachat italien, un type en mise en plis grisonnante du genre perruque de Louis vendait des diamants… Nous nous sommes endormis, cette nuit-là, sourire aux lèvres, en se disant, qu’au pays de Berlusconi, mieux valait rire que pleurer.

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