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10 février 2009 2 10 /02 /février /2009 12:07
A Pilos, Télémaque rencontra le vieux Nestor, tandis que nous avons rencontré le vieil Eugène et sa femme Madeleine, un couple fort sympathique d’écrivains-conférenciers esperantistes, éditeurs d’une revue en esperanto. Je le signale parce que c’est un plaisir que celui de croiser un bateau dangereusement alourdi par 1000 livres plutôt que par 1000 litres de rhum ou de pastis. Les marins assoiffés de littérature sont plus rares que ceux avides de bitures… L’idéal étant peut-être d’avoir les deux…

Nous voilà donc en Grèce. Ce pays qui, étonnement, n’est pas uniquement fait de volets bleus, de chats errants et de vielles dames vêtues de noirs, mais aussi des jeunes révoltés, d’agriculteurs indociles et d’une flopée d’anarchistes, entre autres.

Il nous aura fallu 2 jours et demi pour traverser la mer ionienne depuis la Sicile. Partis de Syracuse par une nuit calme, nous avons rapidement essuyé un coup de vent, dans une mer forte. Il est difficile de s’amariner en aussi peu de temps après trois mois passés au mouillage d’autant que nous n’avons pas de génois sur enrouleur, mais changeons la toile d’étai en fonction des conditions. Il faut donc affaler le foc à l’avant pour y prendre des ris avant de finir par envoyer un tourmentin et manipuler les drisses au pied de mât, encaissant des paquets de mer. Trempés. Salés. Refroidis. Secoués. Jusqu’au petit matin quand le vent se calma enfin, plus vite que la mer… Mais c’était du vent arrière. Il a alors fallu barrer. (Nous ne possédons pas de pilote automatique électrique, seulement un pilote éolien –régulateur d’allure- encore moins utilisable par ce type de vent). Nous avons donc alterné des quarts de barre 24heures/24 de 2 à 3 heures chacun, en fonction de la force du vent et de nos propres forces… comme d’habitude.  Quelle connerie la mer ! Il faut être con pour prétendre aimer cela… Deux heures de sommeil, cela suffit à peine à se reposer. Ce bref repos est du coup si nécessaire à l’autre que l’on hésite à le réveiller en cas de nécessité. Et le respect de ce sommeil du coéquipier n’est pas seulement une question d’apitoiement sur son sort physique, il sert à l’intérêt commun de l’équipage. Plus tard, le baromètre est progressivement passé de 1006 à 1116. Il a fait un temps printanier. Nous étions en t-shirt. Au moteur. Plus de vent. Pétole. Il fallait aussi barrer. Il est vrai que naviguer en hiver en Méditerranée c’est un peu : Pilos ou face ! Les derniers 60 milles, le vent s’est levé. Cette fois-ci presque dans la figure. Nous étions au près serré. Par force 7. Grand frais. Dans les vagues. Nous sommes arrivés heureux comme Télémaque à Pilos où Daniel à commencé à lire « Homère » alors que j’entame « L’anatomie de l’errance » de Bruce Chatwin. Le titre de ce livre est tiré d’une réflexion de Pascal sur l’homme assis tranquillement dans sa chambre. La thèse est à peu près la suivante, résumé par l’auteur : en devenant humain, l’homme a acquis en même temps que la station debout et la marche à grandes enjambées, une « pulsion » ou instinct migrateur qui le pousse à marcher sur de longues distances d’une saison à l’autre. Cette pulsion est inséparable de son système nerveux et, lorsqu’elle est réprimée par les conditions de la sédentarité, elle trouve des échappatoires dans la violence, la cupidité, la recherche du statut social ou l’obsession de la nouveauté… Est-ce cette « anatomie de l’errance » qui nous fait aller en mer malgré tout ?

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Bateau BASTA Bateau Basta - dans Le voyage
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noël bouttier 15/05/2009 09:13

Cécile et Daniel.Merci pour votre message sur mon blog tout juste lancé. Votre site et particulièrement ce texte sur la force du voyage est très bea. Les photos sont pas mal non plus. Mon album voile est lié à une escapade rapide en Bretagne (juste une initiation qui donnera peut-être envie d'aller plus loin). Sinon, j'ai quitté hier Témoignage chrétien après plus de neuf ans de bons et loyaux services (enfin, je crois). Cela fait bizarre, mais j'ai plein de projets et l'envie d edécouvrir de nouveaux horizons. Bon vent à vous deux, j'irai visiter votre site régulièrement.

Nicolas 13/02/2009 12:36

Salut à vous, bonjour aux espérantistes (saluton al geesperantistoj), et bon voyage. Nico

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Elle est journaliste-pigiste. Pour consulter son book en ligne, cliquez ici : https://cecileraimbeau.wordpress.com/

Il est photographe, distribué par l'agence Réa. Regardez son site pro en cliquant ici

 

 

Notre premier périple sur notre voilier de 6m50 le "Bourlingueur", relaté dans deux numéros de Voiles et Voiliers de 1995 ici et .

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