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30 septembre 2011 5 30 /09 /septembre /2011 13:39

Pour aller au Venezuela en bateau, il faut vraiment le vouloir !

 

Dans la République bolivarienne du président Chavez - comment l'en blâmer ? - le tourisme nautique international n'est pas une priorité, malgré son potentiel incontestable. Et tout semble fait pour décourager les navigateurs ! Dans un sens, tant mieux, ne plus prendre l'apéro avec les dizaines de voileux retraités (qui attendent ensemble trop sagement la fin de la saison des cyclones à Curaçao) peut apparaître comme un soulagement...

 

Au Venezuela, d'abord, l'insécurité effraie. Les récits d'attaques de "pirates" armés pullulent sur Internet et à l'occasion dans la presse locale anti-chaviste. Mais en vérité, combien de ces pseudos-pêcheurs, accostant en barques, en mer ou dans des mouillages déserts, commettent-ils de vols ou font-ils de morts ? N'est-ce pas les mêmes récits qui se répètent depuis des années ? D'ailleurs, il semble que cela se produise aussi à Saint Martin (Antilles frrançaises), mais la presse n'en parle pas. De peur de faire fuir les touristes ?

 

A l'entrée de la marina de Caraballeda, un petit mouillage gratuit est bien tentant. Un voileux allemand y fut bien assassiné de nuit il y a environ deux ans. Basta vient de passer deux mois à l'intérieur de ce port. C'est la marina publique, c'est à dire nationalisée, la plus proche de Caracas, située de l'autre côté d'une magnifique chaîne de montagnes qui la sépare de la capitale.

 

Autre problème pour les navigateurs : le beau papier à entête qui nous autorise à séjourner au pays de la Révolution, a coûté beaucoup d'efforts, pas tant d'argent comme il aurait pu. Il s'agit du permis de séjour de trois mois renouvelable pour Basta et son équipage. Pour l'obtenir, il a fallu se rendre à... justifier de... foncer à... négocier avec... revenir à... repasser par... ramener le papier à …

 

C'était la deuxième tentative de régularisation du bateau dans ce pays. Nous avions, en fait, touché le Venezuela, fin juin, à Puerto Cabello dans l’État de Carabobo. Là, après trois semaines de démarches, la gourmandise de quelques fonctionnaires réclamant une soit disant expertise, facturée 300 dollars, a fait que Basta a mis les bouts pour chercher un autre port d'entrée dans le pays. Ce départ ne semblant pas trop les contrarier, y aurait-il eu quelques scrupules dans l'âme des fonctionnaires ?

Mercal-Catia-los-Magallanes.jpg

Dans un "Mercal", ces superettes aux prix subventionnés par le gouvernerment.

 

 

Blague linguistique : à peine arrivée, nous avions mal compris ! Aidante et désolée, la jeune capitaine de la marina récemment nationalisée nous avait bien prévenu que les autorités maritimes prétendaient faire venir à bord un "perrito". Mais pour nous, il s'agissait là de l'inspection du bateau par un « petit chien », en espagnol, un chien = un perro, donc, un petit chien = un perrito. S'il fallait qu'il renifle le stock de pâtes et de boites de conserves du bord, pourquoi donc ne pas faire venir un gros chien ? se demandait-on avant de découvrir que le mot doté d'un seul « R » avait une autre signification : un "perito" désigne bel et bien un expert ! Sachez que l'équipage du Basta, parle certes un espagnol courant, mais appris principalement dans les rues de Buenos Aires, donc doté de pas mal de « lunfardo » porteño et ponctué de « che ! »...

 

Alors que Cécile prenait d'ailleurs l'avion en direction de Buenos Aires, envoyée par le Monde Diplomatique à l'occasion des élections présidentielles, Daniel mettait les voiles vers l'île de Bonaire, pour revenir tenter une entrée au Venezuela du côté du port de La Guaira proche de Caracas, dans un autre État, celui de Vargas.

 

Au final, les formalités nous ont coûté 600 bolos, soit 60 euros, c'est presque leur prix officiel.

Amis navigateurs, por favor, ne cédez plus à la corruption ! Les quelques autres voiliers que nous avons rencontré qui ont séjourné au Venezuela ont payé 300, 400, 600 dollars, parfois pour finir sans permis et repartir bredouilles... Malheureusement, payer c'est faire monter les tarifs et créer un habitus peu reluisant qu'on ne voudrait pas développer chez nous.

Le plus simple, pour les pressés qui parlent peu l'espagnol est sûrement de faire ses formalités à Puerto La Cruz où les autorités ont plus l'habitude des voiliers.

Pour lutter contre la corruption, le président Chavez a bien mis en place des institutions nouvelles et a ouvert une instance de dénonciation, mais les corrompus trouvent toujours bons payeurs...

 

Autre obstacle pour les plaisanciers : les marinas publiques sont encore rares et leurs prix pas toujours très raisonnables pour la qualité des services qu'elles ont eu le temps et les moyens de développer, malgré la bonne volonté des nouvelles équipes en place : à Caraballeda pas une goutte d'eau ne sort du robinet devant Basta depuis deux mois alors qu'il n'y a pas non plus de sanitaires dans l'enceinte du port. Chaque semaine, on doit donc remplir des bidons, les transporter en bicyclette. Pour le plein de nos réservoirs, six voyages sont nécessaires.

 

En outre, certaines nuits, des bateaux sont ouvert et pillés. Qui plus est, au moindre petit coup de houle, les amarres des bateaux locaux pètent et les dégâts font château de cartes : "ce ne sont pas des amarres, mais des cordes pour attacher les ânes!" grondait le sympathique gardien qui nous aidait l'autre jour à sauver quelques unes de ces embarcations...

  DIP-01.jpgPièce de théâtre dans la cour d'une usine nationalisée.

 

Quoi qu'il en soit, revenant d'un rude hiver austral, Cécile écrivait par 35° dans le bateau, dans le souffle des pales d'un ventilateur indispensable. Vous pouvez lire ce mois-ci (octobre 2011) dans le Monde Diplomatique, son article sur le thème : comment les piqueteros argentins perçoivent « Cristina » : clic ici

Daniel, lui, reprenait son Hasselblad panoramique pour photographier en noir et blanc la Révolution du président Chavez, au delà de ces marinas où la plupart des propriétaires de bateau ont des idées proche de l'opposition anti-chaviste. Très appréciées dans les ministères, ses diptyques photographiques pourraient bien finir dans les publications éditées par le gouvernement : la Révolution ne manque-t-elle pas d'esthétique ? Au Venezuela, si nautisme et socialisme font rarement bon ménage, parfois, journalisme (nautique) et Révolution s'accordent parfaitement !

 

CHICHIVICHE.jpg

 

Après une escapade dans les mouillages à plage et cocotiers de la côte (où du wifi nous arrive gratuitement !), bravant la piraterie, Basta devrait donc retrouver sa marina sans eau, pour plusieurs mois. Nous allons alors bientôt regretter le mérou au barbecue sauce coco (fraîchement ramassée sur la plage) et citrons verts...

 

En revanche, par chance, à Caraballeda, notre plaisant voisin de bateau vénézuelien qui nous réserve notre place possède une vieille camionnette jaune toute percée : bravant la police et les garagistes, on se balade ensemble le week-end sur la jolie route côtière. Quelques bateaux plus loin, un couple a acheté un voilier sans savoir naviguer... Daniel est devenu prof de voile attitré ! De l'autre côté, un réalisateur de documentaires rêvant de traverser l'Atlantique est lui chaviste : enfin un dans cette marina !

 

 

 

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