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16 juin 2011 4 16 /06 /juin /2011 19:24

Il a du culot notre ami jamaïcain !
C'est un artiste reggae talentueux, compositeur-interprète et vidéaste, qui vit dans un ghetto à Kingston. Dans la capitale jamaïcaine, on appelle ainsi les quartiers populaires qui encadrent le centre-ville déglingué. Les quartiers riches sont sur les hauteurs, plus loin de la mer.
 

Nous avons rencontré notre ami grâce à un site de couch-surfing. Pour nous, c'était une première expérience. Le bateau était à Port Antonio, à trois heures de Kingston, nous avions des rendez-vous en ville. C'était l'occasion de tenter de se faire héberger gratuitement chez l'habitant.
Ce fût une expérience sympa, marquante.

 

Lui aussi venait de s'inscrire sur le site : http://www.couchsurfing.org/
Quand il est venu nous chercher en ville, à bicyclette, il est tout de suite apparu drôle, gai, nature, tentant progressivement de nous avertir qu'il habitait au ghetto : « Ce n'est pas très habituel de faire du couch-surfing au ghetto... Mais ne vous inquiétez pas ! Pas de problèmes ! Tant que vous êtes avec moi ! On me connaît. On me respecte. Vous êtes mes hôtes ! »

D'abord, on s'est regardé et on s'est dit : « Bigre ! Mais ou nous emmène-t-il ? » Puis, au fur et à mesure que l'on approchait de son « yard » - une cour composée de trois cases en bois dont une en ruine et une autre bien délabrée -poing fermé, il frottait son pouce trois fois contre celui de passants (le nouveau salut en vogue, car l'ancien, poing contre poing sur les phalanges fait déjà rasta de la vielle génération) : il connaissait effectivement du monde.

 

Donc, notre ami habite la troisième case. C'est sommaire. C'est souvent le bazar. Il est célibataire avec trois jeunes enfants à charge. Trois bambins portant comme lui des locks. Et le défilé a commencé ! Celui des curieux du quartier ! Au ghetto, on rentre chez le voisin comme dans un moulin ! « Ils ont du mal à croire que je ne vous fais pas payer !, expliquait notre ami. Ils ne le croiront jamais ! » Mais il a du cran et il aime le monde. Il veut de plus que ses enfants s'ouvrent sur l'extérieur, se familiarisent avec les langues étrangères.

 

 Nous sommes restés une nuit, deux nuits, trois nuits... On n'arrivait pas à quitter ce foyer plein de simplicité et d'amitiés. Ensuite, nous avons renvoyé la balle en amenant tout ce beau monde en navigation...

    03-copie-1Chez notre ami, nous dormions dans une petite case indépendante qui faisait jadis office de studio d'enregistrement à domicile. Le « studio Hailé Sélassié » est désormais doté d'un petit lit et d'une table portant un téléviseur. Tan pis si c'est là que les enfants aiment dormir et s'amuser. Ils se sont entassés à trois sur un autre lit pour nous héberger.

 

Mais très vite, le sympathique profil de notre ami sur le site de couch-surfing a attiré d'autres voyageurs. Content, il répondait toujours oui à leurs demandes d'hébergement. Un soir, un jeune Hollandais est arrivé.  A peine débarqué, il plongeait la main dans le sac de Ganja posé sur la table, aimablement mis à disposition. Gentil, il s'est vite avéré collant, radin.


Ce n'est pas forcément évident d'assumer d'être touriste européen faisant du couch-surfing dans un quartier où tous les enfants ne mangent pas systématiquement trois repas par jour. C'est peut-être notre expérience du voyage qui nous a appris à répondre à la générosité par une participation non offensante ?
Le Hollandais était bien plus jeune... Partant acheter « sa » bière au bar du coin, de nuit, avant que nous partions tous à un sound-system en plein ghetto, il a photographié, en douce, un rassemblement agité du voisinage dans la rue. A peine était-il rentré au yard,  que déboulait un gars excité. Il voulait la photo, ou l'appareil photo. Et notre ami a dû  calmer la situation, expliquer, embobiner, excuser... une heure durant.

 

Plus tard, nous avons eu l'explication :  « Ces gars du ghetto ne sortent que la nuit. Ce sont ceux que tout le monde doit respecter. Ils font la loi. Ils ont des guns. Ils ne rigolent pas. »  Notre ami risquait gros. Pas facile de faire du couch-surfing au ghetto !
Il ajoutait : « Je ne sais pas comment ils peuvent réagir ! Ils pourraient nous braquer de nuit, se venger... » Daniel qui dormait au studio Hailé Sélassié avec son sac d’appareils photos... en voulait légèrement à ce jeune voyageur. « On peut être jeune, sans être con ! » insistait une amie de notre ami. C'est une fille costaud et courageuse qui tient un stand de boisson rouge, vert et jaune à côté des joueurs-parieurs de cartes  dans la rue. Une fille sympa, rencontrée grâce au couch-surfing.
Merci encore à toi l'ami et à tous tes ami(e)s du ghetto !

 

 

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Bateau BASTA Bateau Basta - dans Les escales
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nardo 21/06/2011 22:47



il a du avoir la frousse de sa vie le ptit couchsurfer hollandais.


en tout cas, n'importe où dans le monde il y a un rasta pour te prêter son canapé. pas vrai?


bises!


 


nardo



Bateau Basta 26/06/2011 01:20



Et heureusement que tous ne demandent pas  de prier...



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Il est photographe, distribué par l'agence Réa. Regardez son site pro en cliquant ici

 

 

Notre premier périple sur notre voilier de 6m50 le "Bourlingueur", relaté dans deux numéros de Voiles et Voiliers de 1995 ici et .

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