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2 avril 2008 3 02 /04 /avril /2008 09:19

A bord du Basta, l’autogestion régit la vie à bord. Mais quel système de prise de décisions adopter ? : à deux quelle voix compte ? Qui fait la vaisselle ? à deux, quel consensus ? Qui fait la popote ? Parfois, il faut plutôt se tourner vers un vieux mode grec de démocratie par tirage au sort : la clérocratie, basée sur le hasard. C’est alors le règne du « trou » : « trou ce sera toi qui fera la vaisselle et la popote… » Inconvénient : le hasard fait bien ou mal les choses. Qui plus est, ça dépend pour qui !

 

Barcelone.

Certes, une arrivée marquée par les fantômes de Franco (premiers jours : l’affaire de la police maritime ; juste après : les flics ont failli confisquer l’une de nos bicyclettes parce qu’elle était cadenassée à un poteau, et non à un vrai garage à vélos…). Par la suite, ouf !, ce sont plutôt les rejetons du POUM qui ont marqué notre séjour…

 

D’abord, le Parti Populaire (de droite) n’a pas reconquis le pouvoir, le laissant aux socialistes. Le même jour que nos municipales, en effet, les Espagnols votaient pour leurs législatives. En démarrant notre approche de la Catalogne par la rencontre d’un militant homosexuel, nous avons compris que les socialos ou le PP, ce n’était pas la même chose. Nous avions vu presque tous les films d’Almodovar. Pourtant, se rappeler que l’homosexualité était interdite en Espagne jusqu’en 1980, que les gays, sous Franco étaient emprisonnés et soumis à une thérapie de l’aversion par stimuli électriques, que des homos ont combattu pour leur dignité dans la clandestinité il y a si peu d’années… Et que le PP voulait leur retirer ce qu’ils ont enfin gagné : le droit de se marier, de s’aimer sans se cacher. Le portrait de Jordi est à lire dans REGARDS au mois d’avril.

 

 

 

L’équipage du Basta qui n’a pu participer à la claque électorale de l’UMP aux municipales, dans un beau geste démocratique, vote à son tour, mais virtuellement et, tant qu’à faire, pour des listes imaginaires : bulletin AUTOGESTION ou CLEROCRATIE ?

 

Durant notre séjour, Barcelone inaugurait son TGV à Madrid. Grande nouvelle ! Bientôt, le TGV à la frontière française ! Chouette, penserez-vous ! Mais à quel prix ? (aux deux sens de l’expression). Les aménagements condamnent des logements, parmi lesquels un bâtiment : le Centre social autogéré Can vies (maison de la voie [ferrée] en catalan). Can Vies est une maison « okupée », avec un « K » comme l’écrivent les squatteurs barcelonais. C’est l’un des fameux squats de la ville qui fait office de centre culturel alternatif autogéré par une assemblée populaire.

 

Il est 20 heures, ce soir là. L’assemblée se réunit autour d’une table cernée de graffiti, d’affiches militantes et d’un tableau noir où s’affiche le calendrier d’activités. variées, entre culture et politique : répétition de groupes de rap, cours de théâtre, danse, atelier de sérigraphie, rédaction d’un journal gratuit de contre-informations, réunions syndicales… Les « Okupas » de Can Vies financent le fonctionnement, l’entretien du centre social et l’édition du journal grâce à l’organisation de concerts. Autogestion rime avec autonomie.

 

 

L’assemblée, ce soir là, réunit une vingtaine de participants de 20 à 30 ans, le doyen ayant une soixantaine d’années. De tradition libertaire, elle ne vote pas à la majorité, mais discute jusqu’au consensus, ne croyant pas à la majorité par respect des minorités. Alors les sujets s’enchaînent parfois jusque tard dans le nuit. D’abord, les campagnes à mener : le « débaptisage », c’est le plus âgé de l’équipe qui lance l’idée. « Autant en profiter pour demander à l’Eglise de rayer nos noms de leur liste de façon collective en mobilisant tous les gens du quartier devenus athés ! » Adopté ! Point suivant : Lancement d’une réflexion collective sur les questions de genre. L’idée de ce thème est née après un incident dans le centre : un homme ayant agressé verbalement une femme. Un texte circule. A discuter. « Mais arrive-t-on toujours au bout à de nos engagements ? », lance un pragmatique débouchant sur une nouvelle proposition : étudier les archives de l’assemblée (à chaque réunion un secrétaire volontaire prend des notes) afin de revenir sur les décisions non menées à bien. Puis, il faut organiser des équipes volontaires pour la rénovation du bâtiment. Egalement, soutenir la commission juridique qui a débouté l’entreprise de transport ferroviaire au tribunal contre le délogement du squat. Une victoire provisoire. Qui a dit que l’autogestion c’était le bordel ?

 

Si l’équipage de Basta a été accepté dans ce cercle - un cercle qui se méfie des infiltrations de RG - c’est parce qu’il a été introduit par Hernan dont vous pourrez lire le portrait dans REGARDS au mois de mai. Hernan tient la coopérative-librairie Ciutat invisible linkavec quelques associés. C’est une excellente adresse : on y voit en vitrine un excellent livre : « Argentina Rebelde, un laboratorio de contra-poder »

 

 

Hernan : « Je ne veux pas travailler pour payer un logement. Pourquoi pas pour respirer ! Payer un logement c’est avoir un contrat de travail fixe, un bulletin de salaire qui t’oblige à rentrer dans une machinerie, à baisser la tête, à accepter une vie que tu refuses. De l’esclavage ». Hernan a crée son emploi dans sa coopérative où il alimente un centre de documentation sur les mouvements sociaux de Catalogne. Il touche un tout petit salaire, mais vit comme il l’entend, squattant un logement à Can Vies.

 

Autogestion et autonomie, aventi ! Le 27 mars, Basta a mis les voiles entre deux coups de vent vers l’archipel des Baléares. Son équipage va expérimenter ces belles théories. Objectif : une semaine en autosuffisance dans la crique de Turqueta à Minorque.

 

 

C’est bon l’autogestion ! Mais qu’importe le mode de prise de décisions quand il s’agit d’autonomie : la pêche semble plutôt dépendre du hasard…

 

Petit encadré pratique : la bonne soupe de pêcheur à la Bastarde

 

Prenez deux ou trois girelles, dorades et rouquiés pris au filet ou au fusil en plongée sous-marine. Coupez les en morceaux. Plongez les dans une cocotte remplie d’une brique de sauce tomates Lidl. Ajoutez toutes les épices qui vous tombent sous la main. Faire cuire à petit feu. Et mettez ce que vous ne mangez pas au dîner en conserve. Pour l’autonomie à venir.

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15 mars 2008 6 15 /03 /mars /2008 07:30

Ivan Rios est mort. La radio l’a annoncé il y a quelques jours. Daniel en a eu le souffle coupé. Il m’a regardé et a dit : « Cécile, Ivan est mort ! ». Ivan Rios était un membre du bureau politique des Forces Armées Révolutionnaires de Colombie. Nous avions rendez-vous avec lui dans le petit restaurant d’un hameau du fin fond de la jungle quand, en février 2002, le processus de paix en Colombie a subitement été interrompu par le gouvernement.

 
Les FARC bénéficiaient alors d’une enclave grande comme la Suisse, démilitarisée depuis le 7 novembre 1998 pour être transformée en laboratoire de paix accueillant des conciliabules. Cependant, le 20 février, à 21H19, le président de la République de Colombie, Andres Pastrana, donna une allocution télévisée exceptionnelle : « J’ai décidé de mettre fin à la zone démilitarisée [pour mener les dialogues de paix], à partir de minuit. J’ai donné tous les ordres nécessaires aux Armées pour reprendre cette zone [aux guérilleros], en ayant une attention toute particulière pour la population civile ».
 
Ce que venait d’annoncer le numéro un colombien était la guerre. Ainsi, les douze coups de minuit sonnèrent le début d’une vaste offensive aérienne visant l’enclave concédée aux rebelles. Baptisée « Thanatos », du nom du Dieu grec de la mort, l’opération militaire s’attaqua à 85 cibles stratégiques au cœur d’une zone habitée par 100.000 civils. On ne les avait ni évacués, ni même prévenus…
 
Notre vol intérieur fut annulé.
Les jours suivant, Ingrid Betancourt fut empêchée par les autorités de rejoindre par les airs la commune qui avait fait office de lieu d’accueil des pourparlers. C’était une commune administrée par un maire de son parti politique. Ingrid ressentit légitimement le devoir de s’y rendre envers et contre tout -par la route- pour être solidaire de ses électeurs sous les feux. Elle fut alors kidnappée par les FARC dans un de leur barrage.
 
 
Le lendemain de l’annonce de la mort d’Ivan Rios à la radio, le quotidien La Vanguardia a publié cette photo :
 
ivan-rios-vanguardia.jpg
 
Je n’ai pu m’empêché de faire un rapprochement avec cette autre image devenue célèbre.
 
che-guevara.jpg
 
Politiquement correct ou pas, qu’importe, ce rapprochement n’est pas si impertinent : comme le Che, Ivan Rios a cru pouvoir imposer par la force ce qu’il entendait comme un projet de société idéal pour l’Homme, et il est mort de la trahison d’un de ses hommes appâté par une récompense en argent... l’un de ces Hommes.
 
Le photographe de l’AFP a –t-il perçu ce rapprochement ?
 
L’article de La Vanguardia précise :
Ivan Rios a été tué par son garde du corps. Celui-ci l’a flingué pendant son sommeil dans l’espoir de toucher la prime de deux millions d’euros promise par le gouvernement. Puis, il a coupé une main au cadavre pour l’amener à l’armée et ainsi prouver qu’il avait bien assassiné le bon guérillero. Le cadavre mutilé d’Ivan Rios a ensuite été déterré par l’armée colombienne sur les indications de son assassin.
 
La Vanguardia poursuit : des avocats se questionnent. La rançon promise pourra-t-elle être acquittée ? Le fait que l’Etat colombien paie deux millions d’euros pour récompenser un assassinat est-il légal ? constitutionnel ?

Durant les pourparlers de paix, Ivan Rios faisait un peu office d’attaché de presse dans la zone démilitarisée pour les négociations.
En 2001, Daniel avait traîné une bonne semaine à Los Pozos, le hameau isolé, lieu exact de la table des pourparlers. Il y séjournait dans une baraque en bois où une famille avait ouvert 4 chambres sommaires avec des moustiquaires. C’était en quelque sorte un gîte rural, version locale.
Durant cinq jours, Daniel resta le seul visiteur de ce patelin. Et pour cause, il ne s’y passait rien. C’était avant une grande réunion prévue avec des représentants de 22 pays « facilitateurs » de paix. C’est seulement à l’approche du rendez-vous qu’étaient arrivées en bus des familles de kidnappés. Après un voyage éprouvant, elles s’étaient installées dans la même « pension ». Les journalistes, eux, viendraient les jours suivants en avion et dormiraient à la ville voisine dans des hôtels.
 
A Los Pozos, se dressaient des bâtiments réservés aux Farc.
Ivan Rios y avait un bureau. Il y recevait surtout les doléances des habitants. Ivan Rios dormait dans un campement à quelques kilomètres dans la forêt et faisait tous les jours le trajet jusqu'à Los Pozos. Il déjeunait quotidiennement dans un petit restaurant que Daniel avait repéré.
Daniel y mangeait à une table. Ivan à une autre. C’est ainsi que leurs conversations ont commencé en fin de repas un beau jour. Ils discutèrent sur des images diffusées à la télé, puis, le lendemain, Ivan l’invita à boire un café dans son bureau.
 
Daniel qui était là un peu par hasard pour faire des photos des Farc y apprit alors qu’il y avait dans les jours suivants la grande réunion [Ivan Rios dû comprendre ce jour-là que ce drôle de journaliste fauché et mal informé n’était pas tout à fait comme les autres].
 
Daniel et Ivan « sympathisèrent ». L’un tentant d’apparaître comme un journaliste de gauche sans trop faire d’efforts. L’autre n’étant pas trop dupe, tentant d’apparaître comme un jeune guérillero intello et idéaliste, sans trop faire d’efforts non plus, laissant le journaliste pas trop dupe non plus. Bref, ils étaient sur la même longueur d’onde. Le courant passait.
 
Durant ce séjour, Daniel réussit à interviewer Joaquim Gomez, un leader des FARC. A l’époque, cette guérilla n’étant pas très en vogue, l’interview était sortie dans Croissance, une revue intelligente mais peu lue qui coula peu de temps après.
 
04.jpg
Anecdote, un soir, dans le fameux resto :
Daniel repère l’un des chefs des FARC en compagnie de sa femme et de sa fille, à une table. Il attend la fin du repas, se présente et demande l’autorisation de tirer un portait de famille. Le chef réplique : « Une photo de moi oui, mais pas de ma femme, ni de ma fille ! » Puis, le guérillero se lève et s’en va.
Mais Daniel voit par terre, sous sa chaise, une grosse liasse de billets. Visiblement, cette belle petite somme est tombée de sa poche. Lui qui, comme d’habitude, voyage avec très peu de fric, hésite, mais pas trop : « Là, faut pas rigoler ! ».
Il court donc après le guérillero «  Eh, viens, viens ! », lance-t-il, à ce chef étonné qu’un journaliste lui parle ainsi. L’homme revient sur ses pas, découvre la liasse et remercie Daniel chaleureusement. Voilà le photographe dans les papiers des Farc…
 
Par la suite, Daniel prendra tous ses repas ou ses cafés avec Ivan Rios. Ils commenteront la télé, discuteront politique, rigoleront, puis, échangeront pendant un an des emails. C’est grâce à ces contacts que nous avons convaincu un grand hebdo féminin de financer notre reportage sur les femmes dans la guérilla en février 2002.
 
Le 20, la guerre éclate. Puis Ingrid est kidnappée. La presse française ne porte plus le même regard sur le conflit colombien.
Malgré les conditions, nous séjournons tout de même quinze jours dans un campement clandestin de la guérilla.
Le magazine féminin qui avait aimé les portraits de guérilleras de Daniel prises à Los Pozos considérées « glamour », et qui nous avait envoyé pour cette raison continuer ce sujet, ne voulait plus voir que des images de guérilleras aux regards féroces, aux dents serrées, sans maquillage…
 
 
 
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6 mars 2008 4 06 /03 /mars /2008 06:55
 
Non, ce n’est pas l’équipage du Basta éméché à la sangria ou traumatisé par la mésaventure avec la police barcelonaise qui décrète ce mauvais scénario de SF. C’est Jacques Atalli !
Bon, c’est vrai qu’il dit pas mal de conneries surtout ces derniers temps.
Mais là, Atalli mérite d’être écouté. 
Je décris un débat TV sur le plateau de Ce soir ou jamais (Incroyable ! à bord, dans notre marina à cartes magnétiques et caméras de vidéo-surveillance, nous avons wifi, donc nous pouvons podcaster !). Le débat réunit des futurologues. Nos sociétés vont s’orienter vers de plus en plus de peurs, donc de contrôles – d’où le pouvoir des assurances… etc  
Je cite Atalli : «  Nous irons vers une surveillance accrue. Et même une auto-surveillance. Nous aurons si peur de ne pas être conformes à la norme que nous surveillerons nos propres écarts à cette normalité »… Ainsi, nous vivrons dans l’illusion totale de notre liberté, étant seulement « libres de créer les conditions de la jouissance de notre servitude ». 
Ça y est : Basta est assuré chez un assureur dénoncé par Amnesty International pour ses investissements dans les mines antipersonnel... C'est idiot, nous réalisons justement une enquête (sur un tout autre sujet) pour la revue française d'Amnesty ! 
Quand ils n'écrivent pas dans les journaux des ONG, les journalistes sont de toute façon habitués à travailler pour des marchands de canon qu'ils le veuillent ou non.

Basta est donc assuré. Je ne détaillerai pas ici la globalité des démarches et des astuces qu’il a fallu trouvées pour que le bateau retrouve enfin la possession de son droit de circuler. Disons seulement que notre voilier a recouvré ses papiers.
Un autre intervenant sur le plateau, Joel de Rosnay, je crois, annonçait la web-résistance. Une sorte de bienveillance en réseau qui supplanterait finalement ce monde engoncé dans ces phobies. Et l’on irait vers l’assurance peer to peer d’internautes rebelles s’assurant entre eux… Des volontaires ?
CR
 
 02.jpg
 
Me reviennent à présent les paroles de Claude Bébéar qui, à l’antenne de France Culture, racontait comment, quand il était plus jeune, il avait pressenti que le développement industriel de l’après guerre allait être accompagné de prises de risque et donc, de l’assurance. Il se satisfaisait de sa bonne fortune … Il n’avouait surtout pas d’avoir su voir que tout entrepreneur industriel n’a pour but que de ne jouir d’un confort qu’après peut-être une prise de risque. Et c’est ce confort là qu’il faut assurer. Nous, qui refusions cet état, avons assuré Basta … responsabilité civile et enlèvement d’épave… chez AXA !
Sommes-nous plus responsables maintenant ? Peut-être que nous allons faire moins attention dans les ports puisque si nous abîmons un autre bateau ou blessons quelqu’un, c’est l’assurance qui paît ! Nous avions encore le choix dans les eaux françaises, maintenant non. Et nous allons avoir de moins en moins le choix.
DH
 
 
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25 février 2008 1 25 /02 /février /2008 09:00

Deux jours après son amarrage à Barcelone, Basta est immobilisé par la police. Son acte de francisation (les papiers du bateau) a été confisqué par les autorités. « Navegar = carcel », a précisé le chef de la police maritime d’un ton ferme.

 

Le 23 février sur Barcelone, il fait beau. Des dauphins sautent autour du bateau. Nous entrons heureux dans le premier port au Nord de Barcelone, le port Forum. Là, avant l’entrée d’une marina où sont stationnés des yachts aussi impressionnants que celui de Bolloré, un quai municipal borde un bassin de baignade, juste au pied de l’énorme panneau solaire qui surplombe le site.

 

A Barcelone, impossible de mouiller l’ancre dans un abri naturel, la côte est un cordon de plages droites. Ne sachant pas où nous allons trouver une place dans cette ville, ni à quel prix, nous nous amarrons à ce joli quai. On est bien. L’endroit est fréquenté le week-end par des familles du quartier populaire voisin. Juste derrière la marina VIP et les tours-hôtels quatre étoiles, se dresse des HLM. Leurs habitants viennent pêcher ou simplement prendre l’air sur notre quai.

D’emblée, le Basta attire. C’est sympathique. Et l’on se rend compte à quel point les gens sont peu habitués à voir de près des voiliers. C’est vrai : d’habitude ils sont isolés dans les enceintes de marinas surveillées.

Basta aime lui faire rêver gentiment les passants. 

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Nous avons tout rangé, déplié nos bicyclettes et partons explorer le bord de mer, puis le centre-ville. C’est un peu le début du voyage, notre première vraie escale… C’est dimanche, l’après-midi, les bureaux des marinas du centre-ville sont fermés. On verra plus tard pour se renseigner sur les tarifs. Après tout, le long de notre quai municipal, on se sent bien.

 

Cela se voit qu’il est municipal : la marina ne démarre qu’un peu plus loin derrière des barrières et des caméras de vidéo-surveillance, au-delà de bouées spécifiques. D’ailleurs, si personne de la capitainerie ne vient nous voir c’est bien parce que notre emplacement ne les concerne pas. (Ils confirmeront plus tard).

Voilà Daniel spéculant : « On va rester là un moment, personne n’y verra rien ! »

Sceptique, je me laisse convaincre par Diogène.

 

Diogène ? Daniel me raconte son histoire. C’est celle de l’autosuffisance ascétique du citoyen du monde qui satisfait seul les vrais besoins de l’Homme au mépris des servitudes extérieures et de la morale commune.

Le philosophe ascète était donc abrité dans son tonneau quand le grand Alexandre vint le voir. Diogène lui dit alors de se pousser : l’empereur lui faisait de l’ombre…

 

La seconde nuit, vers minuit. A bord de Basta, le long du quai municipal, l’équipage sommeille déjà.

Soudain : ça cogne à la coque. On entend grogner, gueuler. On est illuminé par un puissant spot. Daniel met le nez dehors : La police maritime.

 

« Que faites-vous là ? »

« Rien, on est juste amarré pour la nuit, on ira demain voir la capitainerie de cette marina. »

« Appareillage immédiat, suivez-nous ! Vous devez rentrer dans le port », ordonne le policier en chef, pas commode.

Daniel : « N’y –a-t-il donc pas un anneau de courtoisie quelque part ? ». Les policiers : « En France, même les chiens paient pour chier par terre ! »

Je pense au bon vieux Diogène face au grand Alexandre.

 

Basta est amarré illico entre deux yachts style Bolloré. Sous la pluie. A minuit.

Contrôle d’identité. Papiers du bateau. « Assurance ? »

« Pas d’assurance ! » En France l’assurance n’est pas obligatoire pour un voilier.

« Ici, c’est une infraction. Si vous naviguez : prison !»

Le bateau est immobilisé. Les documents sont confisqués. Théoriquement, jusqu’à ce que Basta contracte une assurance.

 

Pour au moins un mois, Basta est amarré dans la marina port Forum avec branchement d’eau, électricité, wifi et tous les services qu’il faut payer. Une carte magnétique personnalisée donne accès aux quais. Une musique jazzy de supermarché est diffusée en permanence sur les pontons.

 

Payer. Obéir au policier. S’assurer. Accepter qu’il n’y ai plus de place abri pour le navigateur en escale,  plus aucun anneau de courtoisie, ces amarrages gratuits qui honoraient les voyageurs. Il y a quinze ans, à bord de notre premier bateau sur lequel nous avons navigué six ans sans assurance, les Argentins nous avaient offert des anneaux de courtoisie. Pendant plus de six mois. C’était avant la crise.

Avant que les chiens ne paient pour chier par terre.

 

 

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Publié par Bateau Basta - dans Les escales
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25 février 2008 1 25 /02 /février /2008 08:48

Le 18 février vers midi, Basta s’éloigne des îles du Frioul. Cap sur la capitale catalane ! Il y a certes un avis de grand frais localisé sur les côtes du Roussillon, mais celles de Provence sont balayées par une petite brise de Sud-Est. Et c’est si bon d’envoyer les voiles.


 

Cependant -il fallait s’en douter- la première navigation maritime de Basta dans sa peau neuve s’effectue par un vent d’une soixantaine de kilomètres/heure sur une mer très agitée à forte. Un peu sportif comme premier test, l’équipage n’ayant pas navigué en mer depuis la traversée de l’Atlantique en été 2006 à bord de ce rafiot acheté en Martinique !

 

Problème : les travaux de ce bateau sont à peine terminés malgré une année à sec, et certains petits aménagements manquent encore. Un détail tue : l’absence de serre-casseroles. Cela ne suffit pas de posséder une gazinière sur cardan, c’est à dire, une gazinière qui bouge de façon à toujours rester plus ou moins à l’horizontale. Non, il faut aussi bloquer les casseroles sur la grille avec des barres en inox. Or, nous n’avons pas encore trouvé ou souder sur mesure ces fameuses tiges indispensables pour cuisiner au large. C’est vrai, on aurait pu y penser avant…

De fait, pas encore amarinés, nous avons du mal à digérer la purée déshydratée « Top budget » gonflée à l’eau à peine tiède rapidement chauffée en tenant la bouilloire. Une main au-dessus du gaz oscillant, l’autre agrippée à une main-courante, suis-je vraiment barbouillée à cause de la marque de la purée ?

 

Le vent souffle fort toute la nuit. Il vient du Sud-est, si bien qu’à l’approche du cap San Sebastian, il risque de coller le bateau à la côte jusqu’à Barcelone, une côte où les ports sont justement difficiles d’accès par ce type de vent. 

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Prudence (et purée Top budget) oblige, Basta change donc de route au petit matin pour se diriger à l’abri du cap Creus. Derrière cette bande de terre, un mouillage forain fait face à la petite ville balnéaire de la Selva, au cœur d’un parc naturel. Objectif : se reposer, se dessaler, manger, attendre une accalmie ou un changement de direction du vent. 

L’arrivée sur Barcelone se fera au moteur les jours suivants, faute de vent.

On nous avait prévenu : en Méditerranée, pétole ou vent frais !

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Publié par Bateau Basta - dans Le voyage
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16 février 2008 6 16 /02 /février /2008 11:59
Non, nous n’avons pas retrouvé Ingrid Betancourt dans l’archipel du Frioul. L’équipage du Basta ne collabore pas encore avec le magazine « Choc » qui fait sa Une ce mois-ci sur ce titre : « on a retrouvé Ben Laden en Colombie ! » C’est juste un peu étrange d’écrire un article sur la guérilla des FARC dans une baie méditerranéenne. 

DSCN0891-BD.jpg

Une fois sur le pont, la tête sortie du bureau, les mots se croisent :
jungle… calcaire
otages… liberté
autorité… Basta !
armes… bateau
terroristes… pirates
Terroristes… belligérants ou insurgés ? (C’est le titre du papier – à lire dans REGARDS, le mois prochain)
Je pense aux jeunes guérilleras avec qui nous avons passé une dizaine de jours dans un campement clandestin des FARC. 

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C’était le mois où Ingrid Betancourt s’est fait kidnapper, en 2002. Elles étaient indécemment jolies ces « terroristes » de 16-17 ans, maquillées, avides de s’affirmer, lasses de tenir un balai et de garder des mômes dans une bicoque insalubre plantée dans un hameau lugubre où les hommes le soir se saoulent au comptoir, heureuses de tenir des « kalach », comme des mecs, d’être enfin considérées comme des mecs… 

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Se sentaient-elles vraiment plus libres dans la guérilla ? Libres de quoi ? De devoir retenir des otages ?
 
Après un rude hiver en Chaumontique, Basta a passé la dernière écluse, celle qui rallie le réseau fluvial à l’eau salée…
 
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Maté, le bateau fait des aller-retour entre le Vieux port et la baie de Pomègues, un mouillage isolé juste face à la cité phocéenne, face à la bonne mère.
 
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Marseille, un séjour dense.
 
D’abord, la rencontre de ce jeune Tunisien de 17 ans.
« Le plus dur, dans la rue, c’est le froid, les flics et la dalle », soupirait-il. Il vagabonde souvent sur la jetée J4 à l’entrée du vieux port. C’est là, face au quai du ferry en provenance du « bled », au pied du Musée des Civilisations Europe Méditerranée, qu’il a souvent dormi sur un carton. Ce symbole des échanges qui ont enrichi les cultures du Maghreb et de l’Europe est pour lui une forteresse l’abritant à peine du vent. « J’ai parfois dormi dans des squats, mais les flics y font des descentes à la matraque », se plaignait-il. Abandonné par des parents divorcés, confié à une grand-mère vivant d’un maigre élevage de chèvres, il rêvait de travailler en France. Il avait 15 ans quand il a réussi à se cacher, de nuit, dans le containeur d’un camion au port de Tunis. Puis, dans le noir, il a senti que sa cachette se posait sur un cargo. Il a affronté la houle, impatient, avant de débarquer sur la pointe des pieds….

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Arrivés à Marseille, ces mineurs sans papiers errent des mois dans les rues quand l’Etat se doit de les protéger… (Un reportage à lire dans Témoignage Chrétien du 14 février)
 
Contre cette Europe-forteresse, contre les replis identitaires et religieux, nos rencontres de Méditerranéens « plus convaincus par le carrefour que le choc des civilisations », font toujours de bien… Ces portraits sont à lire dans « Sud Rebelle », une rubrique texte et photo publiée dans Regards tous les mois…
 
Une bonne adresse à retenir à Marseille :
Là juste derrière l’Eglise Saint Victor, notre amie Chrystel Olimé a ouvert une superbe boutique équitable avec pour seul capital une volonté à toute épreuve. Pangea est une association de loi 1901 qui offre une vitrine aux productions artisanales des communautés indigènes du Sud sans dénaturer leurs savoirs-faire ancestraux. Pangea est bien plus qu’une simple boutique : ici s’invente surtout de nouvelles expériences d’échanges entre les peuples. Pangea, c’est un laboratoire pour vraiment faire du commerce pas comme les autres.
 
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Publié par Bateau Basta - dans Les escales
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29 janvier 2008 2 29 /01 /janvier /2008 08:04
Le navigateur breton a mis 57 jours, 13 heures, 34 minutes… pour faire le tour du globe. Bof.

Il aura fallu bien moins à BASTA pour rallier Paris à la Méditerranée, en passant par le pôle Nord – enfin, son équivalent chaumontique : 49 jours et 7 heures en arrondissant. Bon, c’est vrai, nous avions prévu 15 jours…

Dans l’attente de son re-matage, en préparation, BASTA est a amarré à Port Saint Louis du Rhône. En arrivant, Daniel s’est écrié : « C’est ici que commence l’aventure ! » Moi qui croyait qu’elle était bien entamée…


Retour au 26 janvier. 
Après une dizaine de jours à Marseille (partis en reportages, en train!), la navigation fluviale reprend sans glace, mais avec le courant : sur la Sâone, par endroit, il fait plus de 5 kilomètres/heure. (Pour les initiés, le GPS indique que Basta avance à 10 nœuds, alors que le loch marque une vitesse à 6,5 nœuds !)

Ça change. Désormais, non seulement il y a du courant, mais il est favorable, et les d’écluses se font rares. Mais quelles écluses ! A la première, Daniel monte à l’échelle avec les bouts à la main. Il s’apprête à amarrer l’avant à quai et retenir l’arrière en régulant la longueur à mesure du bassinage. Comme nous faisions sur le canal. 

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L’éclusier n’en revient pas : « Mais qu’est-ce que vous faites là ? », vient-il demander, descendu de sa tour, une très haute tour. Il explique : « Pas de ça ici, le dénivelé fait 12 mètres ! »

Eureka. Les bollards sont mobiles, ils descendent avec le niveau du bassin. Sur le Rhône, idem. Avec des dénivelés de 15 mètres. Le Basta s’enfonce entre deux grands murs en béton dignes de site nucléaires James-bondesques.

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D’ailleurs, sur le Rhône, on comprend vite pourquoi une interdiction de manger le poisson est récemment tombée. L’exotisme est fait de fumées, de torches enflammées, de radioactivité… Un son et lumière permanent. Avec une troisième dimension olfactive.

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Un mistral à 60 kilomètres/heure pousse le Basta avec le courant. Dans les bras très larges, les creux se forment. La crête des vagues s’envole.

Bémol : la traversée de Lyon, magnifique ! Et l’escale, sympa, avec les amis lyonnais à dîner à bord. 

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Et la traversée d’Arles… C’était presque un trip plat, du genre touristique. Quand, juste à la sortie de cette belle citée - au kilomètre 284,5 - un choc ! Basta cogne, gîte, se met travers au courant. Un banc de sable ! Daniel, à la barre, qui rêvassait, est à peine sorti du chenal marqué par un alignement de bouées vertes.


Nous avons tout essayé : marche arrière toute, marche avant toute, rappel pour faire gîter plus le Basta. Ancre mouillée en annexe à la rame, en remontant un courant de 3 nœuds. Résultat : le guindeau casse ! VNF ne répond pas à la radio VHF.Au bout de deux heures, ayant tout essayé, en ayant assez de voir, non loin, à la jumelle, l’embarcation des pompiers amarrée à un quai, nous les appelons !

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Merci les pompiers d’Arles ! Avec un 115 chevaux, ils ont eu du mal à nous désenliser. Heureusement, ils ont insisté. En nous accostant, en effet, ils avaient prévenu : «  Si ça ne marche pas, on vous débarquera par sécurité et on appellera un remorqueur à vos frais… » Gloups…


Le reste de l’embouchure du Rhône, sans carte, très peu balisée, a été – comment dire – un rien angoissante … Jusqu’à l’arrivée à Port Saint Louis, de nuit.


Là où l’aventure commence.



 

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29 janvier 2008 2 29 /01 /janvier /2008 07:55
Lundi 7 janvier, Basta est toujours là où il a été bloqué depuis sa tentative avortée d’avancer dans le sillage du brise-glace, mais, au réveil, la glace qui bouchait le bief à 50 mètres derrière le bateau a disparu. Un tour en vélo pendant une dizaine de kilomètres sur le chemin de halage et : « On tente le coup ! » Il ne reste, devant nous, que de rares passages encore gelés, à peine long d’une centaine de mètres, jusqu’à la halte nautique du village de Foulain.

 

Préparation : dans la matinée, Daniel pédale jusqu’au Brico-truc du coin. Il doit acheter du contre-plaqué, en planches, de 1m50 sur 30 cm, afin de protéger l’étrave du bateau contre les plaques de glace que nous allons heurter par endroit. Cependant, une fois dans les rayons du magasin truc-pipin, il tombe sur une promo : un lot de 4 panneaux en PVC long de 2m50, large de 30 cm. « A 4,75 euros, c’est pas cher ! » A la caisse, il croise justement le chef local du service fluvial : « ça va tenir le coup, tu crois ? » « On verra ! »« 14 euros, monsieur s’il vous plait ! », sourit la caissière… Une erreur d’étiquette. Trop tard ! Il repart avec le PVC sous le bras.

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L’avantage : le PVC est souple. Il épouse la forme de l’étrave. Nous y appliquons deux plaques l’une contre l’autre, plaquées de chaque coté du bateau, percées, tenues par des bouts, par le haut et par le bas…

On y va ! Sauf qu’à la sortie de « notre écluse » - celle devant laquelle nous avons passé une quinzaine de jours et où nos amis cévenols sont venus fêter le premier de l’an armés de victuailles et autres éléments naturelles qui poussent chez eux - un petit banc de glace de 20 mètres de long suffit pour commencer à crever notre installation.

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Nous serons bloqués juste après Foulain, devrons revenir en arrière à la halte nautique. Histoire de passer la journée à renforcer notre armure d’étrave avec une troisième couche :

1 : la bâche, 2 : le PVC, 3 : des planches en bois formant un « V » bien fermé par des plaques de caoutchouc solidement vissées.

 

Pas de chance : il regèle la nuit. Nous restons à Foulain, à imaginer y passer deux mois.

Un sympathique autochtone croisé devant la boulangerie rassure : « Dans le temps, c’était moins 28 degrés ici. Un mètre de glace, j’vous dit ! » Le ponton donne sur le cimetière. Nous sommes sur la rive des morts. « Ce bateau est parfait ! Y’a que sa position qui merde… », soupire Daniel.

 

Mercredi 9, Basta repart pourtant. Pas pour longtemps, bloqué par un bief gelé sur 600 mètres. Daniel, à l’avant, armé d’une gaffe, tape comme un fou sur la glace, écartant les morceaux brisés, pendant que je régule le moteur. Point mort. Légère marche avant. Point mort etc 

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Il martèle. Mais on n’avance pas. « Daniel, arrête ! On n’y arrivera pas !  Il relève enfin la tête : « Ah c’est vrai ! ». Nouvel amarrage, à la sauvage, à des pieux taillés au poignard dans le bosquet.

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Le 10, à l’attaque ! Dans le sillage d’une péniche.Nous avançons doucement. Il a plu dans la nuit, la glace est moins dure. Mais à la sortie de cette mauvaise passe, l’allure des planches n’est pas rassurantes : elles sont défoncées, le PVC est rayé. Au moins, ça a servi.

  Par la suite, il manquera d’eau dans plusieurs biefs où la péniche s’échouera. Et nous derrière. Pas grave : on effleurera juste la vase. Rien à voir avec ce qui va nous arrivera plus tard…

 

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2 janvier 2008 3 02 /01 /janvier /2008 05:27

Quand les 9 tonnes du Basta poussent au ralenti les plaques de glace à peine brisées, parfois elles s’écartent un peu frôlant la coque, souvent elles passent carrément en dessous de l’étrave, raclant la carène, stoppant net la course dans un choc violent. Mieux vaut ne pas descendre dans le bateau. Les coups contre la coque, les cognements secs ou les raclements interminables contre le polyester sont insupportables…

Dans le cockpit, on entend aussi, aux alentours, des flots étranges de « gling, gling» : les morceaux de glace s’entrechoquant entre eux, enfermés dans le tracé du canal.

 

En fermant les yeux, on imaginerait aisément une fée volant au-dessus du cours d’eau jetant au bateau de doux sorts à la baguette magique. Cependant, à ce moment, à bord du Basta, l’équipage affronte yeux grands ouverts la rude réalité de la haute Marne, des dérèglements climatiques ou du manque de budget de VNF (Voies Navigables de France).

 

Le marinier hollandais qui nous devance, transportant patiemment un chargement à destination d’Avignon, a la grogne, lui aussi. Non pas parce qu’il craint pour sa coque, la sienne étant en acier, mais parce qu’il s’y connaît en matière de navigation fluviale dans le grand froid : « Il n’est pas bien adapté votre brise-glace ! Il ne brise pas très large ! », lance-t-il à l’écluse de Choignes au personnel VNF qui le sait et n’y peut rien.

 

Pour pressentir le verdict du Hollandais, pas besoin de naviguer jusqu’à Amsterdam !

Il suffit d’observer depuis la berge le capitaine du dit brise-glace. Un gars du cru bien musclé, heureusement. Il manie une grande barre à roue avec une dextérité incroyable, dans un jeu de mains hollywoodien : à bâbord toute, à tribord toute, à bâbord toute, à tribord toute… comme un skipper pris dans une sorte de tempête caricaturale !

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Mais on ne peut pas broyer de la glace avec un brise-glace, seulement la briser, encore moins quand celui-ci n’est qu’une lourde barge à fond plat, moins large qu’une péniche, même lancée par un puissant pousseur. Son vaillant capitaine est obligé de faire marche arrière à tout va pour briser la glace sur une zone plus large dans les endroits ou les quatre péniches « Fressinet » qui le suivent ne pourront même pas passer.

 

En ce samedi 29 décembre, c’est au rythme de 0,5 kilomètres par heure que ce convoi exceptionnel a atteint le port de Réclancourt (au Nord de Chaumont). Le Basta pris dans la glace y attendait impatiemment depuis deux semaines de s’enfiler dans le sillage tracé. 

Pour ce faire, nous avions tendu contre l’étrave une bâche épaisse et solide. Elle était supposée amortir les chocs de la glace contre la peinture neuve, tout comme les quatre planches attachées par des bouts (par le haut au balcon, et par le bas, en faisant le tour sous la carène), plaquées de chaque côté au niveau de la ligne de flottaison.

Quel leurre que de vouloir transformer le Basta en brise-glace !

 

Au passage du convoi, il a fallu d’abord éloigner les icebergs décrochés de la plaque à l’aide d’une grande perche pour amortir la violence des premiers chocs. 

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Dans le sillage de la dernière péniche, celle du Hollandais, nous avançons donc au ralenti, évitant d’écouter les chocs depuis l’intérieur du bateau. Rapidement, cependant, la péniche nous sème. Le puzzle de glace brisé se reforme aussi vite derrière son sillage. Des blocs de glace de plus de 10 centimètres d’épaisseur, large de cinq mètres flottent à la surface du canal. La fée transforme sa symphonie en tintamarre de bris de glace semblable à celui que ferait un éléphant dans un magasin de cristal. Ça fait mal. Trop tard. Le Basta est parti. Il faut avancé. 

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A Choignes, nous demandons au Hollandais d’attendre le Basta à la sortie de l’écluse, afin de pouvoir profiter de son sillage. En théorie, ça devrait aller mieux, mais les icebergs sont de plus en plus gros et épais. Ils cognent contre la coque, d’autant que l’hélice de la péniche les met en mouvement, leur donnant de la puissance. La carapace de planche ne tient pas les coups : elle éclate. Et la bâche se déchire.

 

Le Basta a parcouru en une après-midi, 5 kilomètres quand le convoi passe la nuit à la queue leu leu dans un bief face à l’écluse suivante. Nous nous amarrons à des arbres pour la nuit mais la décision est ferme : pas la peine de continuer. Nous risquons la voie d’eau.

 

Basta est amarré au petit jour juste devant l’écluse de Chamarandes (Chaumont Sud) bout dehors presque collé au mur de pierre du pont, une amarre avant à la rampe d’un escalier de pierres glissant, une amarre arrière à un poteau enfoncé dans la berge boueuse taillé au couteau dans une des planches défoncées.

 

Ici, près du flux généré par le déversoir de l’écluse, la glace ne se forme pas. Le bateau flotte. Le paysage est plus champêtre, plus boisé. Les éclusiers acceptent de brancher notre rallonge électrique au 220 volt de l’écluse. Nous avons l’électricité à bord, donc un bon chauffage.

Passé le village de vieilles pierres de Chamarandes, l’école municipale et l’église, après avoir monté à pied une pente raide sur 500 mètres en poussant nos bicyclettes, nous arrivons sur le plateau de Chaumont. Le cyber-café est un peu plus loin. A la place de Leclerc, nous avons casino et Lidl à proximité, et un lavomatic. On est mieux ici que là-bas.

Pour attendre le dégel. La seule alternative.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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21 décembre 2007 5 21 /12 /décembre /2007 08:31
De moins 20, le thermomètre est passé à moins 13, puis moins 7 degrés… Ouf, les températures remontent un peu, mais la glace ne fond pas. 

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  Les bruines prévues avant Noël ne devraient rien y changer. Il faudrait des averses.



  A Langre, point culminant de la région (que nous n’avons pas encore dépassé) l’épaisseur de la glace ferait 10 centimètres. 


Autour du bateau, la couche mesure au moins 6 centimètres.

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 Rituel matinal : faire gîter Basta d’un côté, puis de l’autre, afin de décoller la coque de la glace qui l’a cerné pendant la nuit. Parfois, on tire aussi sur les amarres, en avant, en arrière, mais cette méthode crée des déchirements de la calotte encore plus violents !

 Ces bruits de glace contre la coque  à l’intérieur du bateau ne laissent pas froid…

 Deux fois par jour, mieux vaut casser la croûte à l’aide d’un tube en acier en tapant ferme tout autour du bateau.

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Au réveil, il faut aussi balayer la glace accumulée sur le pont pour éviter que les amas verglacent et y fassent patinoire. Pas la peine de tenter de lover les bouts : raids, ils tiennent tout seuls.

 Reste à attendre le brise-glace. Il avance vers Chaumont depuis Saint Dizier (à 80 kilomètres), tout doucement, brisant la glace au rythme d’un bief par heure. Le responsable fluvial de la zone a enfin opté pour cette solution, obligé par deux mariniers chargés voulant passer.

undefinedIl hésitait. Il y a deux ans, la manœuvre a fait deux morts. A l’époque, il est vrai, le brise-glace du canal n’était qu’une barge tirée par un tracteur roulant sur les chemins de hallage. Le tracteur était tombé à l’eau avec ses deux conducteurs, morts dans la glace… Depuis, la barge qui a été motorisée est autonome. Mais elle avance péniblement, selon le capitaine, joint au téléphone. Il ne compte pas arriver à Chaumont avant la fin de la semaine prochaine, le 26 décembre – le personnel fluvial ne travaillant ni les week-ends, ni les jours fériés.

Basta pourra-t-il alors parcourir les cent kilomètres de canal restant jusqu’à la Saône ?

 

 

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Notre premier périple sur notre voilier de 6m50 le "Bourlingueur", relaté dans deux numéros de Voiles et Voiliers de 1995 ici et .

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