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25 février 2008 1 25 /02 /février /2008 09:00

Deux jours après son amarrage à Barcelone, Basta est immobilisé par la police. Son acte de francisation (les papiers du bateau) a été confisqué par les autorités. « Navegar = carcel », a précisé le chef de la police maritime d’un ton ferme.

 

Le 23 février sur Barcelone, il fait beau. Des dauphins sautent autour du bateau. Nous entrons heureux dans le premier port au Nord de Barcelone, le port Forum. Là, avant l’entrée d’une marina où sont stationnés des yachts aussi impressionnants que celui de Bolloré, un quai municipal borde un bassin de baignade, juste au pied de l’énorme panneau solaire qui surplombe le site.

 

A Barcelone, impossible de mouiller l’ancre dans un abri naturel, la côte est un cordon de plages droites. Ne sachant pas où nous allons trouver une place dans cette ville, ni à quel prix, nous nous amarrons à ce joli quai. On est bien. L’endroit est fréquenté le week-end par des familles du quartier populaire voisin. Juste derrière la marina VIP et les tours-hôtels quatre étoiles, se dresse des HLM. Leurs habitants viennent pêcher ou simplement prendre l’air sur notre quai.

D’emblée, le Basta attire. C’est sympathique. Et l’on se rend compte à quel point les gens sont peu habitués à voir de près des voiliers. C’est vrai : d’habitude ils sont isolés dans les enceintes de marinas surveillées.

Basta aime lui faire rêver gentiment les passants. 

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Nous avons tout rangé, déplié nos bicyclettes et partons explorer le bord de mer, puis le centre-ville. C’est un peu le début du voyage, notre première vraie escale… C’est dimanche, l’après-midi, les bureaux des marinas du centre-ville sont fermés. On verra plus tard pour se renseigner sur les tarifs. Après tout, le long de notre quai municipal, on se sent bien.

 

Cela se voit qu’il est municipal : la marina ne démarre qu’un peu plus loin derrière des barrières et des caméras de vidéo-surveillance, au-delà de bouées spécifiques. D’ailleurs, si personne de la capitainerie ne vient nous voir c’est bien parce que notre emplacement ne les concerne pas. (Ils confirmeront plus tard).

Voilà Daniel spéculant : « On va rester là un moment, personne n’y verra rien ! »

Sceptique, je me laisse convaincre par Diogène.

 

Diogène ? Daniel me raconte son histoire. C’est celle de l’autosuffisance ascétique du citoyen du monde qui satisfait seul les vrais besoins de l’Homme au mépris des servitudes extérieures et de la morale commune.

Le philosophe ascète était donc abrité dans son tonneau quand le grand Alexandre vint le voir. Diogène lui dit alors de se pousser : l’empereur lui faisait de l’ombre…

 

La seconde nuit, vers minuit. A bord de Basta, le long du quai municipal, l’équipage sommeille déjà.

Soudain : ça cogne à la coque. On entend grogner, gueuler. On est illuminé par un puissant spot. Daniel met le nez dehors : La police maritime.

 

« Que faites-vous là ? »

« Rien, on est juste amarré pour la nuit, on ira demain voir la capitainerie de cette marina. »

« Appareillage immédiat, suivez-nous ! Vous devez rentrer dans le port », ordonne le policier en chef, pas commode.

Daniel : « N’y –a-t-il donc pas un anneau de courtoisie quelque part ? ». Les policiers : « En France, même les chiens paient pour chier par terre ! »

Je pense au bon vieux Diogène face au grand Alexandre.

 

Basta est amarré illico entre deux yachts style Bolloré. Sous la pluie. A minuit.

Contrôle d’identité. Papiers du bateau. « Assurance ? »

« Pas d’assurance ! » En France l’assurance n’est pas obligatoire pour un voilier.

« Ici, c’est une infraction. Si vous naviguez : prison !»

Le bateau est immobilisé. Les documents sont confisqués. Théoriquement, jusqu’à ce que Basta contracte une assurance.

 

Pour au moins un mois, Basta est amarré dans la marina port Forum avec branchement d’eau, électricité, wifi et tous les services qu’il faut payer. Une carte magnétique personnalisée donne accès aux quais. Une musique jazzy de supermarché est diffusée en permanence sur les pontons.

 

Payer. Obéir au policier. S’assurer. Accepter qu’il n’y ai plus de place abri pour le navigateur en escale,  plus aucun anneau de courtoisie, ces amarrages gratuits qui honoraient les voyageurs. Il y a quinze ans, à bord de notre premier bateau sur lequel nous avons navigué six ans sans assurance, les Argentins nous avaient offert des anneaux de courtoisie. Pendant plus de six mois. C’était avant la crise.

Avant que les chiens ne paient pour chier par terre.

 

 

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25 février 2008 1 25 /02 /février /2008 08:48

Le 18 février vers midi, Basta s’éloigne des îles du Frioul. Cap sur la capitale catalane ! Il y a certes un avis de grand frais localisé sur les côtes du Roussillon, mais celles de Provence sont balayées par une petite brise de Sud-Est. Et c’est si bon d’envoyer les voiles.


 

Cependant -il fallait s’en douter- la première navigation maritime de Basta dans sa peau neuve s’effectue par un vent d’une soixantaine de kilomètres/heure sur une mer très agitée à forte. Un peu sportif comme premier test, l’équipage n’ayant pas navigué en mer depuis la traversée de l’Atlantique en été 2006 à bord de ce rafiot acheté en Martinique !

 

Problème : les travaux de ce bateau sont à peine terminés malgré une année à sec, et certains petits aménagements manquent encore. Un détail tue : l’absence de serre-casseroles. Cela ne suffit pas de posséder une gazinière sur cardan, c’est à dire, une gazinière qui bouge de façon à toujours rester plus ou moins à l’horizontale. Non, il faut aussi bloquer les casseroles sur la grille avec des barres en inox. Or, nous n’avons pas encore trouvé ou souder sur mesure ces fameuses tiges indispensables pour cuisiner au large. C’est vrai, on aurait pu y penser avant…

De fait, pas encore amarinés, nous avons du mal à digérer la purée déshydratée « Top budget » gonflée à l’eau à peine tiède rapidement chauffée en tenant la bouilloire. Une main au-dessus du gaz oscillant, l’autre agrippée à une main-courante, suis-je vraiment barbouillée à cause de la marque de la purée ?

 

Le vent souffle fort toute la nuit. Il vient du Sud-est, si bien qu’à l’approche du cap San Sebastian, il risque de coller le bateau à la côte jusqu’à Barcelone, une côte où les ports sont justement difficiles d’accès par ce type de vent. 

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Prudence (et purée Top budget) oblige, Basta change donc de route au petit matin pour se diriger à l’abri du cap Creus. Derrière cette bande de terre, un mouillage forain fait face à la petite ville balnéaire de la Selva, au cœur d’un parc naturel. Objectif : se reposer, se dessaler, manger, attendre une accalmie ou un changement de direction du vent. 

L’arrivée sur Barcelone se fera au moteur les jours suivants, faute de vent.

On nous avait prévenu : en Méditerranée, pétole ou vent frais !

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16 février 2008 6 16 /02 /février /2008 11:59
Non, nous n’avons pas retrouvé Ingrid Betancourt dans l’archipel du Frioul. L’équipage du Basta ne collabore pas encore avec le magazine « Choc » qui fait sa Une ce mois-ci sur ce titre : « on a retrouvé Ben Laden en Colombie ! » C’est juste un peu étrange d’écrire un article sur la guérilla des FARC dans une baie méditerranéenne. 

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Une fois sur le pont, la tête sortie du bureau, les mots se croisent :
jungle… calcaire
otages… liberté
autorité… Basta !
armes… bateau
terroristes… pirates
Terroristes… belligérants ou insurgés ? (C’est le titre du papier – à lire dans REGARDS, le mois prochain)
Je pense aux jeunes guérilleras avec qui nous avons passé une dizaine de jours dans un campement clandestin des FARC. 

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C’était le mois où Ingrid Betancourt s’est fait kidnapper, en 2002. Elles étaient indécemment jolies ces « terroristes » de 16-17 ans, maquillées, avides de s’affirmer, lasses de tenir un balai et de garder des mômes dans une bicoque insalubre plantée dans un hameau lugubre où les hommes le soir se saoulent au comptoir, heureuses de tenir des « kalach », comme des mecs, d’être enfin considérées comme des mecs… 

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Se sentaient-elles vraiment plus libres dans la guérilla ? Libres de quoi ? De devoir retenir des otages ?
 
Après un rude hiver en Chaumontique, Basta a passé la dernière écluse, celle qui rallie le réseau fluvial à l’eau salée…
 
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Maté, le bateau fait des aller-retour entre le Vieux port et la baie de Pomègues, un mouillage isolé juste face à la cité phocéenne, face à la bonne mère.
 
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Marseille, un séjour dense.
 
D’abord, la rencontre de ce jeune Tunisien de 17 ans.
« Le plus dur, dans la rue, c’est le froid, les flics et la dalle », soupirait-il. Il vagabonde souvent sur la jetée J4 à l’entrée du vieux port. C’est là, face au quai du ferry en provenance du « bled », au pied du Musée des Civilisations Europe Méditerranée, qu’il a souvent dormi sur un carton. Ce symbole des échanges qui ont enrichi les cultures du Maghreb et de l’Europe est pour lui une forteresse l’abritant à peine du vent. « J’ai parfois dormi dans des squats, mais les flics y font des descentes à la matraque », se plaignait-il. Abandonné par des parents divorcés, confié à une grand-mère vivant d’un maigre élevage de chèvres, il rêvait de travailler en France. Il avait 15 ans quand il a réussi à se cacher, de nuit, dans le containeur d’un camion au port de Tunis. Puis, dans le noir, il a senti que sa cachette se posait sur un cargo. Il a affronté la houle, impatient, avant de débarquer sur la pointe des pieds….

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Arrivés à Marseille, ces mineurs sans papiers errent des mois dans les rues quand l’Etat se doit de les protéger… (Un reportage à lire dans Témoignage Chrétien du 14 février)
 
Contre cette Europe-forteresse, contre les replis identitaires et religieux, nos rencontres de Méditerranéens « plus convaincus par le carrefour que le choc des civilisations », font toujours de bien… Ces portraits sont à lire dans « Sud Rebelle », une rubrique texte et photo publiée dans Regards tous les mois…
 
Une bonne adresse à retenir à Marseille :
Là juste derrière l’Eglise Saint Victor, notre amie Chrystel Olimé a ouvert une superbe boutique équitable avec pour seul capital une volonté à toute épreuve. Pangea est une association de loi 1901 qui offre une vitrine aux productions artisanales des communautés indigènes du Sud sans dénaturer leurs savoirs-faire ancestraux. Pangea est bien plus qu’une simple boutique : ici s’invente surtout de nouvelles expériences d’échanges entre les peuples. Pangea, c’est un laboratoire pour vraiment faire du commerce pas comme les autres.
 
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29 janvier 2008 2 29 /01 /janvier /2008 08:04
Le navigateur breton a mis 57 jours, 13 heures, 34 minutes… pour faire le tour du globe. Bof.

Il aura fallu bien moins à BASTA pour rallier Paris à la Méditerranée, en passant par le pôle Nord – enfin, son équivalent chaumontique : 49 jours et 7 heures en arrondissant. Bon, c’est vrai, nous avions prévu 15 jours…

Dans l’attente de son re-matage, en préparation, BASTA est a amarré à Port Saint Louis du Rhône. En arrivant, Daniel s’est écrié : « C’est ici que commence l’aventure ! » Moi qui croyait qu’elle était bien entamée…


Retour au 26 janvier. 
Après une dizaine de jours à Marseille (partis en reportages, en train!), la navigation fluviale reprend sans glace, mais avec le courant : sur la Sâone, par endroit, il fait plus de 5 kilomètres/heure. (Pour les initiés, le GPS indique que Basta avance à 10 nœuds, alors que le loch marque une vitesse à 6,5 nœuds !)

Ça change. Désormais, non seulement il y a du courant, mais il est favorable, et les d’écluses se font rares. Mais quelles écluses ! A la première, Daniel monte à l’échelle avec les bouts à la main. Il s’apprête à amarrer l’avant à quai et retenir l’arrière en régulant la longueur à mesure du bassinage. Comme nous faisions sur le canal. 

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L’éclusier n’en revient pas : « Mais qu’est-ce que vous faites là ? », vient-il demander, descendu de sa tour, une très haute tour. Il explique : « Pas de ça ici, le dénivelé fait 12 mètres ! »

Eureka. Les bollards sont mobiles, ils descendent avec le niveau du bassin. Sur le Rhône, idem. Avec des dénivelés de 15 mètres. Le Basta s’enfonce entre deux grands murs en béton dignes de site nucléaires James-bondesques.

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D’ailleurs, sur le Rhône, on comprend vite pourquoi une interdiction de manger le poisson est récemment tombée. L’exotisme est fait de fumées, de torches enflammées, de radioactivité… Un son et lumière permanent. Avec une troisième dimension olfactive.

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Un mistral à 60 kilomètres/heure pousse le Basta avec le courant. Dans les bras très larges, les creux se forment. La crête des vagues s’envole.

Bémol : la traversée de Lyon, magnifique ! Et l’escale, sympa, avec les amis lyonnais à dîner à bord. 

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Et la traversée d’Arles… C’était presque un trip plat, du genre touristique. Quand, juste à la sortie de cette belle citée - au kilomètre 284,5 - un choc ! Basta cogne, gîte, se met travers au courant. Un banc de sable ! Daniel, à la barre, qui rêvassait, est à peine sorti du chenal marqué par un alignement de bouées vertes.


Nous avons tout essayé : marche arrière toute, marche avant toute, rappel pour faire gîter plus le Basta. Ancre mouillée en annexe à la rame, en remontant un courant de 3 nœuds. Résultat : le guindeau casse ! VNF ne répond pas à la radio VHF.Au bout de deux heures, ayant tout essayé, en ayant assez de voir, non loin, à la jumelle, l’embarcation des pompiers amarrée à un quai, nous les appelons !

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Merci les pompiers d’Arles ! Avec un 115 chevaux, ils ont eu du mal à nous désenliser. Heureusement, ils ont insisté. En nous accostant, en effet, ils avaient prévenu : «  Si ça ne marche pas, on vous débarquera par sécurité et on appellera un remorqueur à vos frais… » Gloups…


Le reste de l’embouchure du Rhône, sans carte, très peu balisée, a été – comment dire – un rien angoissante … Jusqu’à l’arrivée à Port Saint Louis, de nuit.


Là où l’aventure commence.



 

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29 janvier 2008 2 29 /01 /janvier /2008 07:55
Lundi 7 janvier, Basta est toujours là où il a été bloqué depuis sa tentative avortée d’avancer dans le sillage du brise-glace, mais, au réveil, la glace qui bouchait le bief à 50 mètres derrière le bateau a disparu. Un tour en vélo pendant une dizaine de kilomètres sur le chemin de halage et : « On tente le coup ! » Il ne reste, devant nous, que de rares passages encore gelés, à peine long d’une centaine de mètres, jusqu’à la halte nautique du village de Foulain.

 

Préparation : dans la matinée, Daniel pédale jusqu’au Brico-truc du coin. Il doit acheter du contre-plaqué, en planches, de 1m50 sur 30 cm, afin de protéger l’étrave du bateau contre les plaques de glace que nous allons heurter par endroit. Cependant, une fois dans les rayons du magasin truc-pipin, il tombe sur une promo : un lot de 4 panneaux en PVC long de 2m50, large de 30 cm. « A 4,75 euros, c’est pas cher ! » A la caisse, il croise justement le chef local du service fluvial : « ça va tenir le coup, tu crois ? » « On verra ! »« 14 euros, monsieur s’il vous plait ! », sourit la caissière… Une erreur d’étiquette. Trop tard ! Il repart avec le PVC sous le bras.

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L’avantage : le PVC est souple. Il épouse la forme de l’étrave. Nous y appliquons deux plaques l’une contre l’autre, plaquées de chaque coté du bateau, percées, tenues par des bouts, par le haut et par le bas…

On y va ! Sauf qu’à la sortie de « notre écluse » - celle devant laquelle nous avons passé une quinzaine de jours et où nos amis cévenols sont venus fêter le premier de l’an armés de victuailles et autres éléments naturelles qui poussent chez eux - un petit banc de glace de 20 mètres de long suffit pour commencer à crever notre installation.

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Nous serons bloqués juste après Foulain, devrons revenir en arrière à la halte nautique. Histoire de passer la journée à renforcer notre armure d’étrave avec une troisième couche :

1 : la bâche, 2 : le PVC, 3 : des planches en bois formant un « V » bien fermé par des plaques de caoutchouc solidement vissées.

 

Pas de chance : il regèle la nuit. Nous restons à Foulain, à imaginer y passer deux mois.

Un sympathique autochtone croisé devant la boulangerie rassure : « Dans le temps, c’était moins 28 degrés ici. Un mètre de glace, j’vous dit ! » Le ponton donne sur le cimetière. Nous sommes sur la rive des morts. « Ce bateau est parfait ! Y’a que sa position qui merde… », soupire Daniel.

 

Mercredi 9, Basta repart pourtant. Pas pour longtemps, bloqué par un bief gelé sur 600 mètres. Daniel, à l’avant, armé d’une gaffe, tape comme un fou sur la glace, écartant les morceaux brisés, pendant que je régule le moteur. Point mort. Légère marche avant. Point mort etc 

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Il martèle. Mais on n’avance pas. « Daniel, arrête ! On n’y arrivera pas !  Il relève enfin la tête : « Ah c’est vrai ! ». Nouvel amarrage, à la sauvage, à des pieux taillés au poignard dans le bosquet.

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Le 10, à l’attaque ! Dans le sillage d’une péniche.Nous avançons doucement. Il a plu dans la nuit, la glace est moins dure. Mais à la sortie de cette mauvaise passe, l’allure des planches n’est pas rassurantes : elles sont défoncées, le PVC est rayé. Au moins, ça a servi.

  Par la suite, il manquera d’eau dans plusieurs biefs où la péniche s’échouera. Et nous derrière. Pas grave : on effleurera juste la vase. Rien à voir avec ce qui va nous arrivera plus tard…

 

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2 janvier 2008 3 02 /01 /janvier /2008 05:27

Quand les 9 tonnes du Basta poussent au ralenti les plaques de glace à peine brisées, parfois elles s’écartent un peu frôlant la coque, souvent elles passent carrément en dessous de l’étrave, raclant la carène, stoppant net la course dans un choc violent. Mieux vaut ne pas descendre dans le bateau. Les coups contre la coque, les cognements secs ou les raclements interminables contre le polyester sont insupportables…

Dans le cockpit, on entend aussi, aux alentours, des flots étranges de « gling, gling» : les morceaux de glace s’entrechoquant entre eux, enfermés dans le tracé du canal.

 

En fermant les yeux, on imaginerait aisément une fée volant au-dessus du cours d’eau jetant au bateau de doux sorts à la baguette magique. Cependant, à ce moment, à bord du Basta, l’équipage affronte yeux grands ouverts la rude réalité de la haute Marne, des dérèglements climatiques ou du manque de budget de VNF (Voies Navigables de France).

 

Le marinier hollandais qui nous devance, transportant patiemment un chargement à destination d’Avignon, a la grogne, lui aussi. Non pas parce qu’il craint pour sa coque, la sienne étant en acier, mais parce qu’il s’y connaît en matière de navigation fluviale dans le grand froid : « Il n’est pas bien adapté votre brise-glace ! Il ne brise pas très large ! », lance-t-il à l’écluse de Choignes au personnel VNF qui le sait et n’y peut rien.

 

Pour pressentir le verdict du Hollandais, pas besoin de naviguer jusqu’à Amsterdam !

Il suffit d’observer depuis la berge le capitaine du dit brise-glace. Un gars du cru bien musclé, heureusement. Il manie une grande barre à roue avec une dextérité incroyable, dans un jeu de mains hollywoodien : à bâbord toute, à tribord toute, à bâbord toute, à tribord toute… comme un skipper pris dans une sorte de tempête caricaturale !

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Mais on ne peut pas broyer de la glace avec un brise-glace, seulement la briser, encore moins quand celui-ci n’est qu’une lourde barge à fond plat, moins large qu’une péniche, même lancée par un puissant pousseur. Son vaillant capitaine est obligé de faire marche arrière à tout va pour briser la glace sur une zone plus large dans les endroits ou les quatre péniches « Fressinet » qui le suivent ne pourront même pas passer.

 

En ce samedi 29 décembre, c’est au rythme de 0,5 kilomètres par heure que ce convoi exceptionnel a atteint le port de Réclancourt (au Nord de Chaumont). Le Basta pris dans la glace y attendait impatiemment depuis deux semaines de s’enfiler dans le sillage tracé. 

Pour ce faire, nous avions tendu contre l’étrave une bâche épaisse et solide. Elle était supposée amortir les chocs de la glace contre la peinture neuve, tout comme les quatre planches attachées par des bouts (par le haut au balcon, et par le bas, en faisant le tour sous la carène), plaquées de chaque côté au niveau de la ligne de flottaison.

Quel leurre que de vouloir transformer le Basta en brise-glace !

 

Au passage du convoi, il a fallu d’abord éloigner les icebergs décrochés de la plaque à l’aide d’une grande perche pour amortir la violence des premiers chocs. 

chaumont-02.jpg

 

Dans le sillage de la dernière péniche, celle du Hollandais, nous avançons donc au ralenti, évitant d’écouter les chocs depuis l’intérieur du bateau. Rapidement, cependant, la péniche nous sème. Le puzzle de glace brisé se reforme aussi vite derrière son sillage. Des blocs de glace de plus de 10 centimètres d’épaisseur, large de cinq mètres flottent à la surface du canal. La fée transforme sa symphonie en tintamarre de bris de glace semblable à celui que ferait un éléphant dans un magasin de cristal. Ça fait mal. Trop tard. Le Basta est parti. Il faut avancé. 

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A Choignes, nous demandons au Hollandais d’attendre le Basta à la sortie de l’écluse, afin de pouvoir profiter de son sillage. En théorie, ça devrait aller mieux, mais les icebergs sont de plus en plus gros et épais. Ils cognent contre la coque, d’autant que l’hélice de la péniche les met en mouvement, leur donnant de la puissance. La carapace de planche ne tient pas les coups : elle éclate. Et la bâche se déchire.

 

Le Basta a parcouru en une après-midi, 5 kilomètres quand le convoi passe la nuit à la queue leu leu dans un bief face à l’écluse suivante. Nous nous amarrons à des arbres pour la nuit mais la décision est ferme : pas la peine de continuer. Nous risquons la voie d’eau.

 

Basta est amarré au petit jour juste devant l’écluse de Chamarandes (Chaumont Sud) bout dehors presque collé au mur de pierre du pont, une amarre avant à la rampe d’un escalier de pierres glissant, une amarre arrière à un poteau enfoncé dans la berge boueuse taillé au couteau dans une des planches défoncées.

 

Ici, près du flux généré par le déversoir de l’écluse, la glace ne se forme pas. Le bateau flotte. Le paysage est plus champêtre, plus boisé. Les éclusiers acceptent de brancher notre rallonge électrique au 220 volt de l’écluse. Nous avons l’électricité à bord, donc un bon chauffage.

Passé le village de vieilles pierres de Chamarandes, l’école municipale et l’église, après avoir monté à pied une pente raide sur 500 mètres en poussant nos bicyclettes, nous arrivons sur le plateau de Chaumont. Le cyber-café est un peu plus loin. A la place de Leclerc, nous avons casino et Lidl à proximité, et un lavomatic. On est mieux ici que là-bas.

Pour attendre le dégel. La seule alternative.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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21 décembre 2007 5 21 /12 /décembre /2007 08:31
De moins 20, le thermomètre est passé à moins 13, puis moins 7 degrés… Ouf, les températures remontent un peu, mais la glace ne fond pas. 

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  Les bruines prévues avant Noël ne devraient rien y changer. Il faudrait des averses.



  A Langre, point culminant de la région (que nous n’avons pas encore dépassé) l’épaisseur de la glace ferait 10 centimètres. 


Autour du bateau, la couche mesure au moins 6 centimètres.

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 Rituel matinal : faire gîter Basta d’un côté, puis de l’autre, afin de décoller la coque de la glace qui l’a cerné pendant la nuit. Parfois, on tire aussi sur les amarres, en avant, en arrière, mais cette méthode crée des déchirements de la calotte encore plus violents !

 Ces bruits de glace contre la coque  à l’intérieur du bateau ne laissent pas froid…

 Deux fois par jour, mieux vaut casser la croûte à l’aide d’un tube en acier en tapant ferme tout autour du bateau.

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Au réveil, il faut aussi balayer la glace accumulée sur le pont pour éviter que les amas verglacent et y fassent patinoire. Pas la peine de tenter de lover les bouts : raids, ils tiennent tout seuls.

 Reste à attendre le brise-glace. Il avance vers Chaumont depuis Saint Dizier (à 80 kilomètres), tout doucement, brisant la glace au rythme d’un bief par heure. Le responsable fluvial de la zone a enfin opté pour cette solution, obligé par deux mariniers chargés voulant passer.

undefinedIl hésitait. Il y a deux ans, la manœuvre a fait deux morts. A l’époque, il est vrai, le brise-glace du canal n’était qu’une barge tirée par un tracteur roulant sur les chemins de hallage. Le tracteur était tombé à l’eau avec ses deux conducteurs, morts dans la glace… Depuis, la barge qui a été motorisée est autonome. Mais elle avance péniblement, selon le capitaine, joint au téléphone. Il ne compte pas arriver à Chaumont avant la fin de la semaine prochaine, le 26 décembre – le personnel fluvial ne travaillant ni les week-ends, ni les jours fériés.

Basta pourra-t-il alors parcourir les cent kilomètres de canal restant jusqu’à la Saône ?

 

 

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17 décembre 2007 1 17 /12 /décembre /2007 07:24
L’Arctique, c’est bien plus près de chez nous que ce qu’on voulait nous faire croire. Chaumont, vous connaissez ? Sa cathédrale, ses majorettes, son canal… Et surtout, son climat. Ici, en Chaumontique, cette nuit, le thermomètre indiquait moins 20°.

 Basta s’est amarré à la halte nautique de cette préfecture de Haute-Marne samedi soir. Cependant, la très aimable responsable de la base était alors en voyage. Dommage, les belles bornes électriques qui jaillissent de la berge comme des stalagmites ne pouvaient nous être d’aucune utilité : fermées à clé. Impossible de brancher notre petit chauffage électrique qui ne fonctionne que sur du 220 volts.

 On se souviendra donc du petit matin du dimanche 16 décembre 2007. Zéro degré dans le bateau au lever ! C’était beau ces mini-stalactites collées aux hublots à l’intérieur du bateau…

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Vite, au moins, allumons le four pour nous réchauffer et la gazinière pour faire un café ! Nouvelle déception : les bonbonnes de gaz, par sécurité sur un bateau, sont placées –non pas dans l’habitacle- mais dans un compartiment aéré accessible par l’extérieur, un coffre du cockpit. Or, le butane gèle. Le four et la gazinière ne marchent plus. Jean Louis Etienne et Nicolas Vanier savent bien cela, ils utilisent du propane, eux, (plus difficile à trouver).

 

A l’intérieur du Basta, ce samedi matin, nous sommes emmitouflés dans nos fourrures polaires, coiffés de bonnets et nous portons des gants en maugréant, dans l’attente du retour de voyage de l’aimable chargée de la base nautique quelques heures plus tard.

 

Lundi nous voilà bloqués.

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Oui, Chaumont, c’est beau. Sa cathédrale (Pas de majorettes en cette saison). Ce 17 décembre, alors que nous pensions redémarrer, naviguer au plus vite vers la Saône, sortir de ce canal chaumontique, le Basta est pris dans les glaces. La couche s’est épaissie pendant la nuit. Elle fait 3 centimètres d’épaisseur. Un gros pavé lancé depuis la berge ne rompt pas la surface, mais glisse jusqu’à l’autre rive… Un voisin en camping-car a sorti sa pelle pour fracasser la calotte. Il a du taper et retaper très fort pour réussir à la fêler. A l’intérieur du bateau, on entend de temps à autre, la glace frôler la coque. Ça fait d’étranges craquements… ça sonne un peu comme des déchirements…

 

Il faudra attendre un changement climatique, un réchauffement, des pluies (dimanche 23 d’après les prévisions), ou bien, le passage d’une péniche qui cassera la glace devant notre sillage. Peut-être d’ici trois jours, nous dit le service des affaires fluviales. Peut-être. Une « avalante » (qui descend le canal) se trouve encore en Saône…

 

Ah, Noël à Chaumont en Haute-Marne ! Au moins, il y a du champagne dans la région.

 

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17 décembre 2007 1 17 /12 /décembre /2007 07:14
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Paris-Notre-Dame.jpgSamedi 8 décembre, départ en fanfare, suivi par les envoyés spéciaux, Eric Julian au micro et Jessica David à la photo. Ils mitraillent. A bord, jusqu’à Joinville le pont, trois courageux équipiers (Sarah, Géraldine et Fred) ont revêtu leurs cirés. Il pleut.

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Il va beaucoup pleuvoir pendant trois jours. 

Basta-sur-la-Marne.jpg

La Marne est en crue. L’eau est si haute que certaines écluses sont fermées. Dans ce cas, les barrages sont ouverts. Comme nous remontons le courant, nous devons les passer moteur à fond. A Mery sur Marne, il y a quatre nœuds et demi de courant contre (soit 8 kilomètres /heure). Basta franchit le flot très lentement, passant tout juste les remous.

 

Sur certains tronçons, nous activons nous même les portes des écluses et le sassement grâce à une télécommande remise par les services fluviaux. C’est moderne. Cela permet d’être autonome. De ne pas attendre pour passer. Mais la Marne charrie des troncs, des branches. A l’occasion, ces amas viennent bloquer les portes des écluses. C’est beau la machine. Mais ça ne remplace pas l’homme ! « A qui l’dites-vous ! On n’arrête pas de le leur expliquer. Ils ne comprennent pas ! », grogne l’un de nos dépanneurs. Il préférerait écluser que dépanner.

Ecluse-remous.jpg

 

A part quelques arrivées nocturnes à l’aveuglette sur des quais à faible tirant d’eau et deux ou trois talonnages, on commençait presque à s’ennuyer.

 

Jusqu’au canal qui joint la Marne à la Saône. Il rallie Vitry-le-François à Maxilly en traversant la Champagne sur 224 kilomètres. 



Il y a 114 écluses à passer dont une bonne partie s’ouvre et se vide encore manuellement. Après Joinville, les éclusiers se relaient donc pour accompagner le bateau, le suivant d’écluses en écluses, en voiture ou en mobylette. 

Eclusier.jpg

Sont sympas les éclusiers. « Vous allez à Marseille ! Dire que nous z’aut’es, on reste toujours là ! », lance le premier. Triste histoire d’un suivant : il a perdu son fils de 15 ans tombé dans l’écluse « Y m’en reste bien un autre (fils), mais vivre à l’écluse, c’est plus pareil…. » Un prochain qui veut déjeuner à midi pile, laisse le Basta en plan dans un bief sans quai pour s’amarrer. Normal, il a encore douze pères Noël à accrocher aux murs de sa maison.

Jolies petites maisons que ces bâtisses de deux étages au toit bien pentu où parfois un ou deux nains de jardin rigolent à notre passage.

Bernard, le père de Daniel, a passé sa jeunesse à celle du Pouillot sur la commune de Hume où sa mère était éclusière. Pendant une centaine de kilomètres, accompagné de Juliette sa femme, rêveur, il a tiré des bouts, il est monté à l’échelle, a mouliné avec les éclusiers –souvenirs de jeunesse : Bernard, en culotte courte, faisait des bras de fer à la manivelle avec son frère. Sauf qu’il n’a pu arriver à son écluse de Proust à cause du grand froid. « Le plateau de Langre, précise-t-il, est l’un des plus froids de France ! ». Ah bon.

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4 octobre 2007 4 04 /10 /octobre /2007 13:19

Avec des revenus de pigites, pas facile de s'offrir un yacht comme Bolloré, même en travaillant plus !

Basta est un rêve de plusieurs années.
D'abord une opportunité, qu'il a fallu aller chercher en Martinique. 
Il était à peine en état ce vieux rafiot, il a fallu colmater une entrée d'eau avant d'attaquer l'océan.
Nous avons traversé l'Atlantique Nord à la voile en été 2006.
Le temps a d'abord été clément. Trop clément. Beaucoup de calmes plats.

Jusqu'à l'approche de l'Europe...

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Martinique/Manche = 40 jours de mer ! Sans pouvoir atteindre l'escale intermédiaire des Açores parce que l'anticylone générait des vents contres, d'Est, à l'approche de l'archipel.

Puis, Le Havre/ Paris, par la Seine, objectif : Choisy le Roi !

Depuis un an, à sec sur les quais du port de Choisy, tout près du RER, nous l'avons refait à neuf...

 

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A propos des auteurs

Elle est journaliste-pigiste. Pour consulter son book en ligne, cliquez ici : https://cecileraimbeau.wordpress.com/

Il est photographe, distribué par l'agence Réa. Regardez son site pro en cliquant ici

 

 

Notre premier périple sur notre voilier de 6m50 le "Bourlingueur", relaté dans deux numéros de Voiles et Voiliers de 1995 ici et .

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bateaubasta@gmail.com

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