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5 avril 2009 7 05 /04 /avril /2009 11:36

Et nous sommes allés à l’Acropole. Je suis certain que quelques personnes auraient pu commencer à penser « Comment ! Ils sont depuis plusieurs semaines à Athènes et ils n’ont même pas visité l’Acropole ! » Pour mettre fin à de telles pensées, nous avons grimpé les marches de la colline sur les traces des philosophes… et de tous ceux qui nous devançaient le jour de notre visite. Là-haut, il y a bien tout ce que l’on nous avait dit : il y a les Propylées, le temple d’Athéna Nikê, l’Erechtéion, le Parthénon…Rien ne manque. Mais, il y a un petit monument, en marbre, s’il vous plaît, que j’ai découvert presque par hasard. Je suis certain qu’il n’est mentionné dans aucun guide. Personne, apparemment, n’y porte une grande attention. Et pourtant, il est vu presque autant que le Parthénon… Je veux parler du banc qui se trouve devant le célèbre monument. Du coup, après sa découverte, mille questions sont venues hanter mon esprit.

Combien de fesses se sont posées sur le marbre de son assise?

Est-il autant photographié que le Parthénon ? Est-il sur la photo, caché par les mollets des modèles qui posent pour les photographes ? Ou, est-il coupé, oublié ?

Donc, face à tant d’injustice, je l’ai photographié.

N1455.jpg 

Et d’autres questions sont alors venues m’assaillir.

Dans deux milles quatre cent quinze ans, il aura le même âge que son voisin a aujourd’hui, sera-t-il en rénovation ? Aura t’on comblé le creux de son plateau inexorablement agrandi.

Aura t’il droit, lui aussi, au traitement aux rayons lasers que d’autres monuments reçoivent afin de ralentir les effets du temps et de la pollution ?

Il était temps de redescendre avant que je ne me mette à photographier les poubelles…

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3 avril 2009 5 03 /04 /avril /2009 12:10

Alors que Sarkozy et ses paires prétendent « refonder le capitalisme », Basta lui a enfin trouvé des effets salutaires au capitalisme !

Et oui, c’est bien grâce au patron-voyou de la marina d’Athènes où nous sommes que le bateau est à quai gratuitement ! En effet, il semble que la caisse se soit envolée en même temps que cet honorable dirigeant et du coup, plus personne ne paie son emplacement !

Entre ce lieu et la ville, il y a une voie rapide extrêmement difficile à traverser. Il faut appuyer sur le bouton du feu supposé arrêter la circulation et prendre son mal en patience. En guise de front de mer, là où ailleurs habituellement on aménage des parcs, des remblais, des promenades, Athènes fait passer ses autoroutes. Ici, c’est le règne de la consommation, de la bagnole. Et la capitale grecque est la plus polluée d’Europe !

Mais à Exarchia, le fameux quartier anar du centre, il y a quelques jours, l’assemblée du voisinage a transformé un parking en jardin se réappropriant un espace public. Des arbres ont été planté à la place du béton et des voitures, des jeux pour les enfants sont en cours d’installation devant une grande table pour banquet populaire. Dans la « pépinière de l’insurrection » comme le titrent les journaux, il n’y a pas que des encagoulés qui posent des bombe : la rébellion est constructive. Cela nous rappelle l’Argentine, évidemment. Article 11, un blog que je vous conseille, nous a d’ailleurs interviewé récemment sur ce rapprochement : http://www.article11.info/spip/spip.php?article320

 

Devant-une-banque-du-centre-ville.jpg


Jeudi c’était la grève générale en Grèce. Nous avons manifesté dans les rues de la capitale à côté de jeunes journalistes rebelles. En janvier, ils avaient occupé le syndicat très officiel des journalistes pour contester contre le traitement médiatique des émeutes et réclamer des droits basiques (nous reviendrons plus tard sur leurs revendications). Voilà encore un effet positif du capitalisme et de sa tendance à flexibiliser à tout va : on s’est fait de nouveaux amis !

Et puis nous avons progressé en grec, en apprenant trois mots supplémentaires venant compléter Kalimera (bonjour) et efaristo (merci) dans notre riche vocabulaire. Si vous souhaitez rattraper notre niveau, nous vous conseillons de profiter de cette brève leçon de grec en vidéo : http://www.youtube.com/watch?v=Abc70CvMg3E

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23 février 2009 1 23 /02 /février /2009 14:23

Oui, c’est drôle comme nom d’île. Et nous avons ri. Et nous sommes bloqués par le mauvais temps sur une île de 650 habitants dont nous n’avons vu qu’une vingtaine. Alors, nous avons sorti l’antenne wifi … Miracle ! ça marche ! Du coup, nous ne voyons même plus la vingtaine d’habitant d’Elafonisos. Scotchés comme des drogués devant notre écran. Tandis qu’il y a certainement des personnes très intéressantes à rencontrer derrière les volets bleus…

La preuve : nous avons vu un « A » de anarchie graffé sur une poubelle !

Entre deux tempêtes, nous devrions atteindre Athènes avant que Cécile prenne l’avion pour assister à cet événement où l’hebdomadaire Courrier International l’a cordialement convié :


En fait, Elafonisos, en grec, si j’ai bien compris, veut dire « biche ».  Rien à voir avec « Eléphantiasis ». Et il n’y a même pas de biches dans cette île… Si protubérance il y avait, ce serait juste celle de la considération d’un autochtone, à qui l’on demandait de nous indiquer une épicerie, sur la taille des « two very big supermarkets »…

Et celles des tempêtes ?

Daniel

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10 février 2009 2 10 /02 /février /2009 12:07
A Pilos, Télémaque rencontra le vieux Nestor, tandis que nous avons rencontré le vieil Eugène et sa femme Madeleine, un couple fort sympathique d’écrivains-conférenciers esperantistes, éditeurs d’une revue en esperanto. Je le signale parce que c’est un plaisir que celui de croiser un bateau dangereusement alourdi par 1000 livres plutôt que par 1000 litres de rhum ou de pastis. Les marins assoiffés de littérature sont plus rares que ceux avides de bitures… L’idéal étant peut-être d’avoir les deux…

Nous voilà donc en Grèce. Ce pays qui, étonnement, n’est pas uniquement fait de volets bleus, de chats errants et de vielles dames vêtues de noirs, mais aussi des jeunes révoltés, d’agriculteurs indociles et d’une flopée d’anarchistes, entre autres.

Il nous aura fallu 2 jours et demi pour traverser la mer ionienne depuis la Sicile. Partis de Syracuse par une nuit calme, nous avons rapidement essuyé un coup de vent, dans une mer forte. Il est difficile de s’amariner en aussi peu de temps après trois mois passés au mouillage d’autant que nous n’avons pas de génois sur enrouleur, mais changeons la toile d’étai en fonction des conditions. Il faut donc affaler le foc à l’avant pour y prendre des ris avant de finir par envoyer un tourmentin et manipuler les drisses au pied de mât, encaissant des paquets de mer. Trempés. Salés. Refroidis. Secoués. Jusqu’au petit matin quand le vent se calma enfin, plus vite que la mer… Mais c’était du vent arrière. Il a alors fallu barrer. (Nous ne possédons pas de pilote automatique électrique, seulement un pilote éolien –régulateur d’allure- encore moins utilisable par ce type de vent). Nous avons donc alterné des quarts de barre 24heures/24 de 2 à 3 heures chacun, en fonction de la force du vent et de nos propres forces… comme d’habitude.  Quelle connerie la mer ! Il faut être con pour prétendre aimer cela… Deux heures de sommeil, cela suffit à peine à se reposer. Ce bref repos est du coup si nécessaire à l’autre que l’on hésite à le réveiller en cas de nécessité. Et le respect de ce sommeil du coéquipier n’est pas seulement une question d’apitoiement sur son sort physique, il sert à l’intérêt commun de l’équipage. Plus tard, le baromètre est progressivement passé de 1006 à 1116. Il a fait un temps printanier. Nous étions en t-shirt. Au moteur. Plus de vent. Pétole. Il fallait aussi barrer. Il est vrai que naviguer en hiver en Méditerranée c’est un peu : Pilos ou face ! Les derniers 60 milles, le vent s’est levé. Cette fois-ci presque dans la figure. Nous étions au près serré. Par force 7. Grand frais. Dans les vagues. Nous sommes arrivés heureux comme Télémaque à Pilos où Daniel à commencé à lire « Homère » alors que j’entame « L’anatomie de l’errance » de Bruce Chatwin. Le titre de ce livre est tiré d’une réflexion de Pascal sur l’homme assis tranquillement dans sa chambre. La thèse est à peu près la suivante, résumé par l’auteur : en devenant humain, l’homme a acquis en même temps que la station debout et la marche à grandes enjambées, une « pulsion » ou instinct migrateur qui le pousse à marcher sur de longues distances d’une saison à l’autre. Cette pulsion est inséparable de son système nerveux et, lorsqu’elle est réprimée par les conditions de la sédentarité, elle trouve des échappatoires dans la violence, la cupidité, la recherche du statut social ou l’obsession de la nouveauté… Est-ce cette « anatomie de l’errance » qui nous fait aller en mer malgré tout ?
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24 janvier 2009 6 24 /01 /janvier /2009 15:32

Quand Daniel s’est arrêté dans ce petit bar de Syracuse, c’est peut-être parce qu’il a été attiré par les photos accrochées au mur : des images en noir et blanc de Scianna, un fameux photographe sicilien de l’agence Magnum.

Bien vite, plus qu’amateur de photos, A., le barman et patron du lieu, s’est avéré féru de ciné, d’histoire, de politique et aussi – heureusement pour nous – francophone et francophile.

C’est ainsi que A. nous a assisté activement dans une longue enquête sur les services publics postaux dès notre arrivée en Sicile : « C’est du Simenon ! », disait-il. Nous n’avions pas reçu un colis envoyé depuis la France en Chronopost à 55 euros le port, contenant nos deux nouvelles Cartes bleues suite à l’expiration en même temps des deux anciennes… (La poste, le saviez-vous, soustraite pour ce service la boite de courses internationales TNT… Mais nul ne peut expliquer, même pas A. après son enquête, pourquoi le colis en question est arrivé au dépôt d’UPS… Entre temps nous avions fait opposition… Vive l’ersatz de service public restant !)

Ces jours-là, nous n’avions pas un sou faute de cartes, pour boire un coup chez A. Pour le remercier, nous avons décidé de nous rattraper.

Au départ, le soir, au bar, A. adore nous parler de Carla (Les Italiens en général parlent aux Français avec curiosité et ironie de la femme de Sarkozy). Mais A. a ce petit plus : il imite à merveille la monotonie des airs niais de la première dame de France. En bons patriotes, nous sommes donc venus boire de la bière chaque soir dans ce lieu où l’on sait apprécier ce qui arrive encore à faire monter la cote de popularité de son sous-Berlusconi de mari.

Et parfois, A. m’envoie acheter la bière que nous voulons boire à l’épicerie d’à côté, chez la commère du coin qui lui taille une sale réputation d’homo fétard anti-Berlusconi !

Il faut répéter que nous sommes à Syracuse, une ville historique de 150 000 habitants, qui se revivifie le jour de la procession de la sainte Lucie,  où la bibliothèque municipale dans laquelle je vais à l’occasion travailler semble moins achalandée que celle de la banlieue d’Angers de 15.000 habitant où vit ma mère. Ce grand vide culturel est sûrement ce qu’il y a de plus affligeant en Sicile (après la mafia… mais ça va avec !)

En buvant cette bière du soir, nous lisons les quotidiens du coin. Immanquable : la météo ! Où il fait toujours beau. A. est persuadé que le temps annoncé est le temps souhaité…

L’autre rubrique sur laquelle nous nous ruons est très « people » à sa façon. A. dit qu’il s’agit là des « stars du jour ». A l’occasion, telle une groupie, je découpe le portrait de cette étoile locale.

 
article-syracuse-presse.jpg
Comme la photo de Paolo, un djeun du cru arrêté avec 3 grammes de shit dans sa bagnole. Les Carabinieri de Syracuse, heureux de tenir entre leur main ce gros poisson, ont été fouillé dans sa chambre et ont trouvé 6 grammes supplémentaires. Moi je dis : le bagne ! Il faut au moins ça à ce Sicilien à peine majeur, des fois qu’il aurait l’idée d’aller concurrencer les têtes de Cosa Nostra alliée aux politicards du coin qui, elles, font moins dans la dentelle.

Puis comme A. est vite devenu un vieux poteau, las de son goût nostalgique de quarantenaire pour un certain rock soft des eighties, nous avons chargé notre musique sur une clé USB dans son ordi… Et là, le flash ! A. s’est mis à reprendre : « Je suis cooooooooooonnnnnnnnnnnnnnnne ! » C’est vrai : il ne sait pas passer l’aspirateur. Et A. a probablement manqué son évolution spirituelle, comme le chante Brigitte Fontaine… Mais peu à peu, le bar s’est vidé… et  A. s’est dit qu’il fallait arrêter avec Brigitte.

Alors sont arrivés au mouillage, à côté du Basta, deux Bretons à bord d’un catamaran. La classe : un cata de régate qui file à 25 nœuds… Nous les avons emmené au Bar. Deux jours plus tard, pour fêter leur départ, ils amenaient plusieurs cubis d’un petit vin sicilien et des pizzas magnifiques. Ce soir là, vers minuit, A. a embarqué avec eux jusqu’à Palerme pour son baptême de mer. Ni Carla, Ni Brigitte. Le cata a mis les voiles avec Manu à donf. Manu Chao.

Notre ami sicilien A. est revenu de cette aventure plus français que jamais, coiffé qui plus est d’un bonnet de marin… Et au bar, à partir de son retour, nous avons écouté Tri-yann et dansé la bourré sur du folklore irlandais…

Jusqu’à l’arrivée dans la baie d’un autre catamaran français. Pas du même type. A bord, un jeune pêcheur Breton et un Suisse, venus de Martinique, pour convoyer ce rafiot peu rassurant depuis la Grèce jusqu’à ce DOM…

Et rapidement, le bar de A. s’est mis à diffuser Didier Super : « Les Bretons sont tous des enculés ! Ils nous font chier avec leurs binious… ! »

A. est devenu persuadé que les Bretons sont tous des enculés, au point qu’il voulait même vendre son bar de Syracuse pour ouvrir un resto sicilien « spaghettis/moules » à Douarnenez …

Puis le cata en question a coulé, au mouillage après avoir chassé dans un coup de vent (il était fait de planches cloutées…) Une chance pour les convoyeurs : ils ont quitté la Sicile en avion (et en vie).

A Syracuse, la procession de la Sainte Lucie est passée dans l’autre sens.

Nous sommes repartis dans notre petit hôtel de Palerme : une commande d’un hebdo national  sur le mouvement antimafia.













Avec tout ça, Noël, le nouvel an, trois mois se sont écoulés en Sicile.

Il y aura bientôt une fête d’adieu où l’on ne diffusera pas Carla. Mais Brigitte.


 

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25 novembre 2008 2 25 /11 /novembre /2008 13:39

Si on nous avait raconté cette scène vue dans une rue de Palerme alors que nous étions assis à la terrasse d’un bar, on ne l’aurait pas cru. J’aurais dit à cet hypothétique conteur :

« Allez, arrête un peu de déblatérer tant de clichés ! » Mais Palerme, dans cette rue, n’est que clichés. Cliché de la Sicile. Imaginez la ruelle d’une vieille ville méditerranéenne bordée de bars dont les tables et les chaises gênent l’entrée des immeubles et la circulation des véhicules. On sert dans ces lieux bruyants surtout fréquentés des étudiants de grandes bouteilles de bière Moretti à 1,5 euros et des Panini salami à 1 euro en promo. Celui qui n’est pas trop regardant sur la netteté de la cuisine, peut consommer-là victuailles et breuvages jusqu’à plus soif. Mais ce n’est pas tant l’abus d’alcool qui est caractéristique de cette rue de Palerme, bien qu’un ou deux larrons la traversent en titubant à l’occasion. C’est « the » patron, le « boss » du coin.

L’homme est un quinqua bedonnant très peu discret dans son pantalon de toile rouge, sa chemise blanche ouverte sur un torse velu où scintille un médaillon en or à l’effigie de la sainte vierge comme le porte beaucoup de Siciliens. Il semble omnipotent, crie vers l’autre bout de la rue interpellant un barman plus bas, puis un autre plus haut. C’est simple : la rue lui appartient. D’abord, il parle avec de grands gestes tout en étant suspendu à son téléphone portable. Puis il place un immigré indien bredouillant l’Italien devant un stand de cacahouètes à un euro le paquet. Il lui crie dessus, l’envoie chercher des chaises pour la terrasse d'un bar dont l’immigré n’a visiblement rien à faire, comme s’il s’agissait là d’un tribut pour pouvoir obtenir le droit de placer sa charrette à cacahouètes. A peine l’Indien est-il revenu avec deux chaises, qu’il doit repartir en chercher deux autres, puis doit en ramener parce qu'il y en a trop, et puis non, il en faut finalement une autre. Et le boss de gesticuler au milieu de la rue, d’interrompre ses cris sur l’Indien pour une brève conversation téléphonique jusqu’à ce qu’un scooter pile devant lui. Son conducteur lui tend alors un autre téléphone qu’il empoigne. Le voilà qui vocifère de nouveau deux ou trois ordres, le rend à son possesseur qui redémarre en trombe. L’indien s’est déjà vu relancer l’ordre de déplacer d’autres chaises. Il paraît de plus en plus gêné. Il reste impuissant, humilié.

  autocollant-addiopizzo-blog-BD.jpg

Et nous pensons en le regardant, nous qui venons de rencontrer pendant 4 jours des militants antimafia luttant notamment contre le

« pizzo », ce racket encaissé par Cosa Nostra, que cet immigré - qui plus est – pourrait bien le payer. 80% des commerçants de Palerme verse à la mafia un pizzo. Rien que dans cette province, alors que la pratique est généralisée sur toute l’île, la valeur extorquée s’élevait à 220 millions d’euros en 2006, soit l’équivalent de 175 euros par habitants. Mi novembre, comme dans un mauvais film, le président des industriels d'Agrigente où un mouvement antipizzo s’initie chez les entrepreneurs, a reçu un sinistre colis : un cercueil miniature surmonté d’une croix… (Notre reportage devrait s’intituler « Le cran des Siciliens »). Rentrés à l’hôtel, encore troublés par cette scène, nous allumons la télévision de notre chambre. Le canal sicilien montre un débat dans le parlement local visiblement axé sur la mafia. Les élus s’empoignent verbalement entrecroisant les mots « mafia » et « antimafia ». Le flash info qui suit montre l’arrestation d’une poignée de truands qui avaient kidnappé un entrepreneur pour le rançonner. Plusieurs voitures venaient aussi de s’enflammer. Encore la mafia. Alors, pour tenter de se changer les idées, nous avons zappé sur une chaîne nationale. Berlusconi y faisait un discours en Russie durant lequel il qualifiait le nouveau président élu des Etats-Unis « de jeune, beau et bronzé ». Sidérés, nous avons encore zappé. Sur le téléachat italien, un type en mise en plis grisonnante du genre perruque de Louis vendait des diamants… Nous nous sommes endormis, cette nuit-là, sourire aux lèvres, en se disant, qu’au pays de Berlusconi, mieux valait rire que pleurer.

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Publié par Bateau Basta - dans Les escales
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10 novembre 2008 1 10 /11 /novembre /2008 12:48
Si vous ecoutez l'émission de France Inter "Allo la planète" mercredi 12 novembre entre 23h15 et 01h00 du mat, vous entendrez surement le timbre des voix de l'équipage de Basta, en direct du mouillage de Syracuse en Sicile. Alors, à mercredi !
http://www.radiofrance.fr/franceinter/em/allolaplanete/
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Publié par Bateau Basta - dans On parle de Basta...
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17 octobre 2008 5 17 /10 /octobre /2008 04:07
 


C’est ridicule ce titre me direz-vous. Pourtant, nous regrettons presque de ne pas avoir baptisé ainsi BASTA : Dinosaure du futur


Dinosaure, pour ce « trip » de soixante-huitards et son côté « Moitessier » : la voile comme mode vie, à la « roots », sans fric ou si peu, sans filet, avec « sa bite et son couteau », autour du monde…

Futur ? Parce que le bateau c’est écolo ! On avance avec le vent (quand il y en a !)On vit au quotidien avec une consommation d’eau douce hyper rationalisée (nous revenons d’un reportage dans les oasis tunisiens… Les oasiens peuvent se rhabiller sur la gestion de l’eau par rapport au bateau !)



Et face au capitalisme qui perd la tête (quelle redondance !), nous n’avons pas investi dans l’immobilier, ni en bourse, ni dans des placements X ou Y, nous n’avons pas même d’économie en banque !

C’est étonnant d’entendre à la radio, la crise financière, et le reste… On se dit alors que notre dinosaure est du futur.

« La technologie pour communiquer, l’écologie pour avancer », pourrait être le ridicule slogan de cet animal là, le dinosaure du futur étant toujours tiraillé entre vieux trip et modernité :

Une super antenne « ricoré » en boite recyclé, nous permet la plupart du temps de capter wifi à la sauvage, d’un quai ou d’un mouillage, comme ici dans la baie de Syracuse, en Sicile.



Un moteur hors-bord électrique, sauvé à temps de la poubelle, bidouillé et «  re-designé » par Daniel…




Une machine à laver type « petite calor » made in Tunisie, acheté à 40 euros. Et c’est la révolution à bord !




« La tribu no conso », titrait un reportage du Nouvel Obs cet été dans lequel un interviewé ayant opté pour la récup, le recyclage et l’autonomie écolo en vivant dans une yourte dans la campagne du Maine et Loire disait à la journaliste : « on n’est pas des baba-cool, on est plutôt des babas speed ! »


Notre Dinosaure du futur, c’est un peu de tout cela.



Puisque J.M.G. Le Clézio est à l’honneur en ce moment, une petite citation tirée de « Gens des nuages » :

« Nous vivons dans un univers rétréci par les conventions sociales, les frontières, l’obsession de la propriété, la faim des jouissances, le refus de la souffrance et de la mort ; un monde où il est impossible de voyager sans cartes, sans papiers, sans argent, un monde où l’on échappe pas aux idées reçues ni au pouvoir des images. »


D.H.

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Publié par Bateau Basta - dans Le voyage
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21 août 2008 4 21 /08 /août /2008 01:57

J’ai eu un coup de flip à la sortie du territoire marocain car les autorités du port ont gardé nos passeports 24 heures avant de nous les rendre tamponnés. C’est idiot (ou pas) : j’ai pensé aux articles parus en France sur le Maroc, repris dans la cyber-presse locale, signés de nos vrais noms…

 

En ralliant le Maroc à la Tunisie, on se rend compte de l’étendue des côtes algériennes. L’étendue et la beauté.

Le bateau, ce jour-là, navigue à six milles de la côte (11 km). Sur tribord, s’élèvent de hautes falaises à pic à peine habitées. Ça change du littoral espagnol !

Le temps est calme, trop calme, nous avançons au moteur quand surgit un zodiac sur lequel cinq hommes en uniforme kaki cuisent en plein cagnard.



 

Accostage, papiers du bateau, passeports, permission de monter à bord.

Fouille de tous les coffres…

« Pavillon algérien ? »

« Ben, nous n’en avons pas trouvé… Et puis, comme on ne comptait pas s’arrêter vu qu’on n’a pas de visa etc.… »

« Vous devez avoir le pavillon algérien. Vous naviguez dans les eaux algériennes. Avez-vous le pavillon marocain ? »

« oui »

« Le pavillon tunisien ? »

« oui »

« Le libyen ? »

« Non »

« Et bien vous devez avoir le libyen, tout comme l’algérien… Nous devrions vous emmener au port pour dresser un PV… »

 

Plus tard,  ils nous ont finalement demandé de sortir des eaux algériennes : « 50 milles au large ! » (90 kilomètres, tout de même ! )

Alors, nous avons fait semblant de tirer un grand bord vers la Sardaigne, puis, profitant d’un énième calme plat, nous avons cousu un pavillon algérien avec des bouts de tissus blanc, vert et rouge…

Il est beau ce pavillon à étoiles et croissants (sur chacune des faces… pas évident !)



 

Maroc/Tunisie sans s’arrêter en Algérie : 7 jours !

La Méditerranée a été à la hauteur de sa réputation : vent dans la gueule (le Nord-Est est dominant sur cette côte) remonté au moteur grâce au carburant de contre-bande, ou bien pétoles, nombreuses entrecoupées de vents extrêmement changeants en force et direction, puis coup de vent portant. Heureusement ! : nous pensions ne jamais arriver une fois nos réserves de gasoil quasiment épuisées…

 

Nous avons à peine ferlé complètement la grand voile et hissé le foc lourd avec un ris quand le téléphone portable sonne à bord : c’est le chef de rubrique d’un grand quotidien régional qui souhaite publier un article sur une pleine page auparavant prévu sur un quart de page : « Pas de problème ! Mais c’est que nous sommes en mer… ! Si vous voulez on se rappelle demain… ! »

 

Basta a rejoint la Tunisie à l’aube du 16 août, après avoir essuyé un vent de 40 nœuds (70 km/heure). Par chance, il s’est calmé juste avant l’arrivée.

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21 août 2008 4 21 /08 /août /2008 01:48

C’est ce que nous a dit le capitaine de ce petit port de pêche marocain en grinçant des dents. Car, ici, il n’y a rien à facturer, ni eau, ni électricité et visiblement cela le fait rager.

 

Une trentaine de barques et quelques petits sardiniers pêchant au lamparo sont amarrés derrière une digue à peine protégée des vents de Nord Est. Quand ils soufflent fort, les vagues déferlent dans le chenal d’entrée l’ensablant encore plus. Les feux rouge et vert marquant cette entrée délicate pour un quillard sont en panne. Le phare qui surplombe le cap aussi. Bref, c’est un port très très gratuit où nous avons passé trois semaines jusqu’au 8 août. Une escale studieuse à écrire des articles, à légender des photos, à mettre en cause les conditions de travail des ouvriers agricoles dans les fermes du roi au nez des vedettes de la marine royale amarrées sur le même quai.

 

L’une des barques du port appartient à un Français portant un nom digne d’un personnage de BD. Une fois nos ordinateurs éteints, nous passons notre temps à discuter avec lui. Pour préserver sa vie privée nous l’appellerons Gaston. Cinquantenaire, ex patron d’une PME, il a tout vendu, tout plaqué, après un infarctus. « Trop de stress », explique-t-il. Gaston est venu s’installer ici, où il a fini par se marier. Il pêche maintenant en mer avec son beau-père. En se mariant avec une marocaine du bled, il a, par la même, épousé sa famille. « La moitié des gens du village sont des cousins ! », rigole-t-il.

 

 

 

Comme Gaston a sa réputation à préserver dans ce petit univers clos, nous lui servons un breuvage rouge raisin dans des verres en inox, en poussant parfois le bouchon un peu plus loin : nous posons la théière au milieu de la table de cockpit où les gâteaux d’apéro prennent une allure de biscuits anglais aux yeux des passants, éventuels cousins.

 

Si personne, officiellement, ne boit d’alcool dans ce port et qu’aucun bar, aucune épicerie n’en vend effectivement, en revanche, les odeurs de haschich émanent des terrasses de café le soir. Le Rif, premier producteur mondial de kif, tapisse le paysage de fond. Sur une rivière voisine, sont amarrés de grands zodiacs rapides. En mer, à l’aube, Basta en a déjà croisé, de couleur foncée, avec des équipages habillés de noir, naviguant sans feux, à plusieurs dizaines de nœuds. Ils larguent en route leurs bidons d’essence dès qu’ils sont vides. Dans ces eaux, on en trouve souvent à la dérive.

 

Le gasoil ne vaut que 40 centimes d’euros. C’est du carburant de contre-bande qui vient tout droit d’Algérie, à une trentaine de kilomètres de là. D’ailleurs, il n’y a plus de station service. Elles ont toutes fermé concurrencées par les contrebandiers. Gaston nous en a présenté. Nous avons fait le plein.

 

Chaque jour, il nous conte un morceau de vie de sa nouvelle société. Notre regard sur le Maroc, ici, transite par l’expérience insolite de cet homme attachant.

 

Un jour, la grand-mère de sa femme est morte, celle qui vivait dans la montagne. « Ben, faut pas tomber dans le coma ! », a lancé Gaston s’apprêtant à embarquer une douzaine de membres du clan dans sa Kangoo pour l’enterrement. Décédée à 13 heures, la vieille était entérée à 16 heures après qu’un imam de la mosquée ait taté son poul. Un autre jour, un cousin déjà marié a présenté sa nouvelle fiancée à la famille. Gaston s’étonnait d’être le seul à faire la gueule. « Si c’est ça, moi aussi je vais prendre une seconde femme ! », tentait-il, provoquant sa belle-famille impassible. Gaston se confronte à son intégration remettant en question ses anciennes certitudes sous nos yeux. Débordé par le doute de ses choix, il vacille parfois, craignant de s’être de nouveau aliéné. Mais de quelle liberté parle-t-il ? De celle de ces deux quinqua européens de l’Est expatriés dans ce bled ?

 

Nous débarquons chez eux un soir, par hasard. Ils nous présentent deux subsahariennes aux corps d’athlètes. Elles ont vingt ans. « Des élèves ! », prétendent-ils bien que cela soit difficile à croire dans cette ambiance houellebecquienne où des mains effleurent des fesses. Ils boivent verre sur verre, resservant leurs hôtes après chaque gorgée à peine ingurgitée. La télévision bloquée sur un canal « nostalgie » diffuse de vieilles émissions de variété de Drucker à tue tête. Il faut, pour s’entendre, crier plus fort que Mireille Mathieu. Ce qui est impossible. Ces deux là se sentent libres, d’autant qu’ils n’ont même pas à payer. Les critiquer c’est faire preuve d’une morale du XIXème siècle, parait-il. « Elles sont majeurs, non ? »

 

Et nous pensons à Gaston, à sa liberté, à son choix de se marier qui semble alors si moderne, même si parfois nous avons du mal à l’en persuader.

 

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Publié par Bateau Basta - dans Les escales
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