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17 octobre 2009 6 17 /10 /octobre /2009 04:34

Du grec « katabatikos » : « qui descend la pente » … Nous avons bien appris ce mot en Grèce, enfin en Crète pour être précis.

Pour le comprendre, il faut faire du parapente, ou bien aller mouiller son voilier dans la baie de Elounda, une baie bien fermée dont le goulot est redoutable.

Basta s’y est couché plusieurs fois dans de très violentes rafales alors qu’il était à sec de toile…

Le couvercle de notre BBQ marine  –un instrument obligatoire sur un bateau-   a même volé à l’eau, pourtant relié par un petit câble en métal au balcon arrière. Coupé net !

Puis nous avons réussi à plonger l’ancre au fond de la baie,  à côté d’un voilier démâté… c’était rassurant.

Nous étions en août. Nos amis Nancy et Nicolas venaient d’atterrir à Héraklion pour une petite croisière qui décoiffe !

D’abord, histoire de bien  les amariner, nous leur avons confié le Basta en garde pendant trois jours dans ce mouillage paisible : nous avions un rendez-vous à ne pas manquer, un reportage sur la protection des tortues marines…

Car il y a de drôles de petites structures métalliques un peu partout sur les plages crétoises de Rethimnon où les touristes bronzent. Elles marquent l’emplacement des nids des tortues Caouannes. Les femelles adultes viennent pondre au début de  l’été sur cette plage grecque très fréquentée. Et c’est en pleine saison que les bébés tortues tentent de rejoindre la mer.

 

Alors, des jeunes écovolontaires aident l’association Archelon à protéger cette espèce menacée. Ils posent des enclos autour des nids sur les plages fréquentées par les vacanciers. Ils surveillent quotidiennement ces sites et comptent, à l’aurore, les traces de bébés tortues qui en sortent. Ils déplacent certains nids menacés et installent des structures faisant de l’ombre autour de ceux dérangés par la pollution lumineuse : la lumière dévie la trajectoire des nouveaux-nés supposés marcher vers le reflet de la mer, si bien que presque chaque matin en août, des bébés perdus sont sauvés. On les retrouve à l’occasion dans la piscine d’une boite de nuit, sur une route ou près d’une poubelle…

 

C’est si émouvant de sauver un bébé tortue… surtout après notre sujet sur le « jeanocide » turc (voir post précédent).

 


Super amarinés, après avoir encaissés un bon Katabatik seuls au mouillage, nos amis ont pu apprécier dans toute sa splendeur le Meltem qui  n’est pas descendu sous force 6 et approchait en permanence le force 7/8 pendant nos 10 jours de croisière. Sans compter les belles vagues qui balayent toute la côte Nord de l’île...

 

C’est pourquoi nous avons décidé de naviguer sur le côte Sud, qui plus est, moins touristique. Sous le vent en quelque sorte. En théorie du moins. 

 

Mais longeant la côte Est vers le Sud, le Meltem a fraîchi subitement. Le Meltem ou un Katabatik ?

Sous tourmentin, Basta peinait à avancer. Devant, une minuscule crique encaissée rejointe in extremis au moteur offrait un abri incroyablement calme dans cette tourmente. Alors on est resté là. Dans cet endroit désert que N & N ont baptisé « Paradise bay » (la baie de Karoumbes). Baignades, ballades, grimpe, cueillette de fariboulette, grandes discussions, bonnes bouffes et petits apéros  : de vraies vacances sauvages comme on les aime.

 

Tout allait donc à merveille jusqu’à ce que la météo annonce du force 8 pendant deux jours. C’est idiot, Nico et Nancy devaient reprendre l’avion à Heraklion…

 

En février dernier, dans le Péloponnèse, un coup de vent nous avait déjà obligé à larguer nos équipiers Isabelle et Jean-claude dans un village sans autobus, en fin de journée. Sous un ciel menaçant, ils avaient du faire de l’auto-stop en pleine cambrousse avec leurs valises pour rejoindre une ville…

02-copie-1.jpg

Nos potes, cette fois-ci, avaient aussi des valises à roulettes. Mais aucune route goudronnée ne dessert Paradise baie

 

Alors nous avons bien amarré le Basta. Nous avons ficelé leurs bagages sur le dos des mecs et randonné dans une étroite gorge sans trop savoir où l’on déboucherait…

 

C’est au bout de deux heures de marche que nous avons aperçu le premier hameau. Au loin une route. Avec de l’asphalte ! Nous nous sommes quittés là, laissant de nouveau nos équipiers faire du stop jusqu’à la ville…

 

Morale de l’histoire : Camarades, vous qui venez nous rendre visite (on adore les visites), prenez des sacs à dos plutôt que des valises ! En bateau on sait où l’on embarque, on ne sait pas où l’on débarque !

Bateau BASTA Bateau Basta - dans Les escales
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21 septembre 2009 1 21 /09 /septembre /2009 13:23

Au départ, en Turquie, nous enquêtions sur la filière du coton biologique. Un travail que nous n’avons pas encore achevé. 

Du coton bio en Turquie, cela vous étonne ? Et bien oui : le pays était le premier producteur mondial de coton biologique il y a un an, avant de se faire doubler par l’Inde et la Syrie. 

Du coton bio en Syrie ?? Bon, là c’est vrai que c’est de plus en plus étonnant.

Mais bon. Pourquoi pas. Disons donc qu’au pays de Bachar el Assad, on se préoccupe beaucoup d’écologie…

Bref, c’était déjà un peu louche. Puis, nous avons rencontré une jeune universitaire achevant une longue enquête sur les cotonniers turcs pour sa thèse. « Le coton bio en Turquie, c’est de la foutaise ! », nous a-t-elle dit. C’est simple, elle avait rencontré des centaines de cotonniers, et jamais vu un seul faire du bio, ni même parlé à un qui connaissait un collègue faisant du bio… De notre côté, nous n’en avions trouvé que deux, présentés par des industriels. Isolés, entourés l’un et l’autre de champs de tabac (rarement bio)…

 

 

 

Nous étions partis en bus dans la région d’Izmir et remontions sur Istanbul, de rendez-vous en rendez-vous. Vers Bursa, nous avons fait la connaissance d’Arca, l’une de ces belles rencontres que l’on fait parfois en reportage. Arca est l’animateur et le porte-parole de la Plate-forme anti-OGM turque.


Après nous avoir fait goûter les meilleurs mets du coin, de la viande aux poissons, il nous a présenté son ami musicien qui nous a hébergé pour la nuit. Hormis la musique,  celui-ci a un talent exceptionnel : il parle un excellent yogourt français, cette langue qui sonne à son oreille comme le français, mais qui ne veut rien dire…Absolument rien…

Arrivés à Istanbul -à peine le temps de s’offrir un Bosphore tour en bateau- une rencontre syndicale nous a projeté dans un autre sujet.

FOULARDS.jpg


En Turquie, en effet, la mode fait de vraies fashion victims : les milliers d’ouvriers qui sablaient les jeans pour leur donner l’aspect usé, tendance en Europe, n’endommageaient pas que la toile de denim, mais aussi leurs poumons.

Dans ce pays, le sablage a été employé sur la toile de denim dès les années 1990. La technique s’est répandue en 2000 à mesure que la mode des jeans « usés » devenait tendance en Europe. Afin de leur donner un aspect délavé ou usagé prématurément et irrégulièrement, le sablage est en effet plus efficace que le délavage chimique à l’effet trop homogène et moins coûteux que la technologie récente du laser. S’il existe du matériel de sablage sécurisé sur le marché, poussés par leurs clients européens (les grandes marques de fringues), les employeurs turcs ont préféré faire des économies plutôt que de l’acheter et utiliser, sans protection, du sable de plage riche en silice très nocif. Voici le témoignage d’un des milliers d’ouvriers aujourd’hui atteint de la silicose, une maladie pulmonaire incurable et mortelle : «J’étais debout dans une cabine de 4 mètres carré, tenant une lance reliée à un compresseur réglé à 8 bars. Un collègue me faisait passer un à un des blue-jeans sur lesquels je projetais du sable. A côté, il y avait un réservoir de 600 kilos de sable. Au bout d’une heure et demi, quand il était vide, je disposais d’un quart d’heure de pause, le temps que le collègue le recharge. La cabine était alors si poussiéreuse que je n’y voyais plus rien et j’en sortais méconnaissable. Puis ça recommençait, pendant 12 heures par jour »…

Peu de temps après être revenus au bateau, nous sommes retournés une seconde fois à Istanbul, en bus, depuis Marmaris. Pour fouiller ce sujet. Rencontrer d’autres ouvriers condamnés à mort à cause de la mode.

Ensuite, il a fallu caréner le bateau et en profiter pour réparer les dégâts causés par les icebergs des canaux français (lire les articles du blog de l’hiver 2007 ) : 15 jours de travaux sans relâche, par 40°.On se serait bien passé de notre pote un peu collant, le pélican. Caréner avec un pélican, c’est un peu comme tapisser un appartement avec un enfant de 3 ans assez turbulent : il met tout à la bouche…

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Rythme effréné, toujours. A peine ces travaux terminés, Basta a mis le cap sur la Crète.

N & N, nos amis du Mans, devaient nous y rejoindre pour les vacances. Et nous avions un autre reportage prévu.

Belles vagues. Vent frais. Nous sommes arrivés juste à temps… c’était la première semaine d’août.

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30 juin 2009 2 30 /06 /juin /2009 13:41
Dans le magazine Loisirs Nautiques de juillet, bien connu des voileux... et beaucoup moins des terriens, Basta est vu à travers les trous d'un disque abrasif d'une ponceuse excentrique ou en reflet dans un mélange bicomposant époxydique. On y cause prix d'achat, heures de travail et autres réjouissances pour bricoleurs... Des choses bien terre à terre pour un voilier, mais néanmoins fort indispensables pour flotter. Sinon, on peut y voir en photo Cécile en bikini top branchittude... le haut : acheté il y a déjà quelques années sur un marché au fond d'une vallée cévénole avec une copine qui vient d'ailleurs de s'acheter une yourte pour y vivre - je ne vois pas, moi non plus, le rapport ; le bas : une promo Décathlon. Mais comme l'herbe est toujours meilleure dans le champ du voisin, et que l'on ne voit pas énormement de champs dans la baie de Marmaris (en Turquie), mais plûtot des forêts d'hôtels, on a peut-être envie en ce moment d'être dans une yourte en pleine forêt.





31 mai 2009 7 31 /05 /mai /2009 12:16

Le 10 mai, nous avons quitté la capitale bruyante et polluée de la Grèce, à la fois empressés et frustrés d’avoir survolés la vie fascinante du quartier Exarchia dont Daniel donne un avant-goût dans son web-reportage « Des arbres, pas des parkings !» 

Puis, la mer Egée a été traversée au rythme de vacances - je sens que si j’écris « bien méritées » vous allez rigoler…

Et pourtant : à Athènes, malgré les problèmes de langue et de traduction (résolues grâce à l’aide d’une jeune traductrice militante), nous avons aussi travaillé sur l’histoire de l’agression au vitriol d’une syndicaliste d’origine bulgare représentante du syndicat des femmes de ménage, puis démarré un travail multimédia sur la protection des tortues marines.

Une quinzaine de jours, d’île en île, donc, avec une plus longue escale sur celle de Kalimnos pour faire un peu d’escalade, histoire de sortir d’un coffre notre matériel de grimpe qui n’avait pas été utilisé depuis presque 3 ans. Un peu rouillés les vieux quarantenaires que nous sommes ! Daniel a fêté ses 43 ans dans une crique de l’île de Kitnos où je lui ai préparé une poelée de coquilles saint Jacques (en boite) au vin blanc résiné. Quelques jours plus tard, n'ayant toujours pas croisé de supermarchés - par chance - ni pêché de poissons, j'ai eu l'idée de lui faire découvrir une recette qui l’a littéralement sidéré: des champignons vénéneux ... Un très complexe assemblage d'oeufs durs, de tomates, et de mayonnaise.


Dans les îles Egéennes, on trouve encore des criques sauvages, quant à  la côte du sud-ouest turque, elle est découpée en calanques couvertes de pins, tellement encaissées qu’elles ont parfois un petit air de baie de Ha Long en moins tropical, en moins vertical (enfin, va falloir y aller pour comparer), comme celle d’Orhaniye où Basta est ancré pour quelques semaines.

Fin mai, beaucoup de voiliers naviguent déjà entre la Grèce et la Turquie. Parfois, dans une baie isolée, un yacht luxueux vient s’ancrer à proximité de notre bateau couleur baba-cool.


Soudain, lire dans son hamac le remarquable bouquin de Naomi Klein sur la prise de contrôle de la planète par les tenants d’un ultralibéralisme tout-puissant procure un sentiment mitigé : un mélange d’une impression d’avoir l’ennemi en face et de celle de jouir, tout comme lui, d’un plaisir égoïste réservé aux nantis…

Pour se sortir de cette culpabilité, on pense à notre précarité et à notre à métier. Et on a envie d’aller plus loin dans le traitement de sujets dénonciateurs des déséquilibres Nord-Sud, comme dans cet article récemment publié...

Bateau BASTA Cécile - dans Le voyage
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5 avril 2009 7 05 /04 /avril /2009 11:36

Et nous sommes allés à l’Acropole. Je suis certain que quelques personnes auraient pu commencer à penser « Comment ! Ils sont depuis plusieurs semaines à Athènes et ils n’ont même pas visité l’Acropole ! » Pour mettre fin à de telles pensées, nous avons grimpé les marches de la colline sur les traces des philosophes… et de tous ceux qui nous devançaient le jour de notre visite. Là-haut, il y a bien tout ce que l’on nous avait dit : il y a les Propylées, le temple d’Athéna Nikê, l’Erechtéion, le Parthénon…Rien ne manque. Mais, il y a un petit monument, en marbre, s’il vous plaît, que j’ai découvert presque par hasard. Je suis certain qu’il n’est mentionné dans aucun guide. Personne, apparemment, n’y porte une grande attention. Et pourtant, il est vu presque autant que le Parthénon… Je veux parler du banc qui se trouve devant le célèbre monument. Du coup, après sa découverte, mille questions sont venues hanter mon esprit.

Combien de fesses se sont posées sur le marbre de son assise?

Est-il autant photographié que le Parthénon ? Est-il sur la photo, caché par les mollets des modèles qui posent pour les photographes ? Ou, est-il coupé, oublié ?

Donc, face à tant d’injustice, je l’ai photographié.

N1455.jpg 

Et d’autres questions sont alors venues m’assaillir.

Dans deux milles quatre cent quinze ans, il aura le même âge que son voisin a aujourd’hui, sera-t-il en rénovation ? Aura t’on comblé le creux de son plateau inexorablement agrandi.

Aura t’il droit, lui aussi, au traitement aux rayons lasers que d’autres monuments reçoivent afin de ralentir les effets du temps et de la pollution ?

Il était temps de redescendre avant que je ne me mette à photographier les poubelles…

3 avril 2009 5 03 /04 /avril /2009 12:10

Alors que Sarkozy et ses paires prétendent « refonder le capitalisme », Basta lui a enfin trouvé des effets salutaires au capitalisme !

Et oui, c’est bien grâce au patron-voyou de la marina d’Athènes où nous sommes que le bateau est à quai gratuitement ! En effet, il semble que la caisse se soit envolée en même temps que cet honorable dirigeant et du coup, plus personne ne paie son emplacement !

Entre ce lieu et la ville, il y a une voie rapide extrêmement difficile à traverser. Il faut appuyer sur le bouton du feu supposé arrêter la circulation et prendre son mal en patience. En guise de front de mer, là où ailleurs habituellement on aménage des parcs, des remblais, des promenades, Athènes fait passer ses autoroutes. Ici, c’est le règne de la consommation, de la bagnole. Et la capitale grecque est la plus polluée d’Europe !

Mais à Exarchia, le fameux quartier anar du centre, il y a quelques jours, l’assemblée du voisinage a transformé un parking en jardin se réappropriant un espace public. Des arbres ont été planté à la place du béton et des voitures, des jeux pour les enfants sont en cours d’installation devant une grande table pour banquet populaire. Dans la « pépinière de l’insurrection » comme le titrent les journaux, il n’y a pas que des encagoulés qui posent des bombe : la rébellion est constructive. Cela nous rappelle l’Argentine, évidemment. Article 11, un blog que je vous conseille, nous a d’ailleurs interviewé récemment sur ce rapprochement : http://www.article11.info/spip/spip.php?article320

 

Devant-une-banque-du-centre-ville.jpg


Jeudi c’était la grève générale en Grèce. Nous avons manifesté dans les rues de la capitale à côté de jeunes journalistes rebelles. En janvier, ils avaient occupé le syndicat très officiel des journalistes pour contester contre le traitement médiatique des émeutes et réclamer des droits basiques (nous reviendrons plus tard sur leurs revendications). Voilà encore un effet positif du capitalisme et de sa tendance à flexibiliser à tout va : on s’est fait de nouveaux amis !

Et puis nous avons progressé en grec, en apprenant trois mots supplémentaires venant compléter Kalimera (bonjour) et efaristo (merci) dans notre riche vocabulaire. Si vous souhaitez rattraper notre niveau, nous vous conseillons de profiter de cette brève leçon de grec en vidéo : http://www.youtube.com/watch?v=Abc70CvMg3E

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23 février 2009 1 23 /02 /février /2009 14:23

Oui, c’est drôle comme nom d’île. Et nous avons ri. Et nous sommes bloqués par le mauvais temps sur une île de 650 habitants dont nous n’avons vu qu’une vingtaine. Alors, nous avons sorti l’antenne wifi … Miracle ! ça marche ! Du coup, nous ne voyons même plus la vingtaine d’habitant d’Elafonisos. Scotchés comme des drogués devant notre écran. Tandis qu’il y a certainement des personnes très intéressantes à rencontrer derrière les volets bleus…

La preuve : nous avons vu un « A » de anarchie graffé sur une poubelle !

Entre deux tempêtes, nous devrions atteindre Athènes avant que Cécile prenne l’avion pour assister à cet événement où l’hebdomadaire Courrier International l’a cordialement convié :


En fait, Elafonisos, en grec, si j’ai bien compris, veut dire « biche ».  Rien à voir avec « Eléphantiasis ». Et il n’y a même pas de biches dans cette île… Si protubérance il y avait, ce serait juste celle de la considération d’un autochtone, à qui l’on demandait de nous indiquer une épicerie, sur la taille des « two very big supermarkets »…

Et celles des tempêtes ?

Daniel

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10 février 2009 2 10 /02 /février /2009 12:07
A Pilos, Télémaque rencontra le vieux Nestor, tandis que nous avons rencontré le vieil Eugène et sa femme Madeleine, un couple fort sympathique d’écrivains-conférenciers esperantistes, éditeurs d’une revue en esperanto. Je le signale parce que c’est un plaisir que celui de croiser un bateau dangereusement alourdi par 1000 livres plutôt que par 1000 litres de rhum ou de pastis. Les marins assoiffés de littérature sont plus rares que ceux avides de bitures… L’idéal étant peut-être d’avoir les deux…

Nous voilà donc en Grèce. Ce pays qui, étonnement, n’est pas uniquement fait de volets bleus, de chats errants et de vielles dames vêtues de noirs, mais aussi des jeunes révoltés, d’agriculteurs indociles et d’une flopée d’anarchistes, entre autres.

Il nous aura fallu 2 jours et demi pour traverser la mer ionienne depuis la Sicile. Partis de Syracuse par une nuit calme, nous avons rapidement essuyé un coup de vent, dans une mer forte. Il est difficile de s’amariner en aussi peu de temps après trois mois passés au mouillage d’autant que nous n’avons pas de génois sur enrouleur, mais changeons la toile d’étai en fonction des conditions. Il faut donc affaler le foc à l’avant pour y prendre des ris avant de finir par envoyer un tourmentin et manipuler les drisses au pied de mât, encaissant des paquets de mer. Trempés. Salés. Refroidis. Secoués. Jusqu’au petit matin quand le vent se calma enfin, plus vite que la mer… Mais c’était du vent arrière. Il a alors fallu barrer. (Nous ne possédons pas de pilote automatique électrique, seulement un pilote éolien –régulateur d’allure- encore moins utilisable par ce type de vent). Nous avons donc alterné des quarts de barre 24heures/24 de 2 à 3 heures chacun, en fonction de la force du vent et de nos propres forces… comme d’habitude.  Quelle connerie la mer ! Il faut être con pour prétendre aimer cela… Deux heures de sommeil, cela suffit à peine à se reposer. Ce bref repos est du coup si nécessaire à l’autre que l’on hésite à le réveiller en cas de nécessité. Et le respect de ce sommeil du coéquipier n’est pas seulement une question d’apitoiement sur son sort physique, il sert à l’intérêt commun de l’équipage. Plus tard, le baromètre est progressivement passé de 1006 à 1116. Il a fait un temps printanier. Nous étions en t-shirt. Au moteur. Plus de vent. Pétole. Il fallait aussi barrer. Il est vrai que naviguer en hiver en Méditerranée c’est un peu : Pilos ou face ! Les derniers 60 milles, le vent s’est levé. Cette fois-ci presque dans la figure. Nous étions au près serré. Par force 7. Grand frais. Dans les vagues. Nous sommes arrivés heureux comme Télémaque à Pilos où Daniel à commencé à lire « Homère » alors que j’entame « L’anatomie de l’errance » de Bruce Chatwin. Le titre de ce livre est tiré d’une réflexion de Pascal sur l’homme assis tranquillement dans sa chambre. La thèse est à peu près la suivante, résumé par l’auteur : en devenant humain, l’homme a acquis en même temps que la station debout et la marche à grandes enjambées, une « pulsion » ou instinct migrateur qui le pousse à marcher sur de longues distances d’une saison à l’autre. Cette pulsion est inséparable de son système nerveux et, lorsqu’elle est réprimée par les conditions de la sédentarité, elle trouve des échappatoires dans la violence, la cupidité, la recherche du statut social ou l’obsession de la nouveauté… Est-ce cette « anatomie de l’errance » qui nous fait aller en mer malgré tout ?
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24 janvier 2009 6 24 /01 /janvier /2009 15:32

Quand Daniel s’est arrêté dans ce petit bar de Syracuse, c’est peut-être parce qu’il a été attiré par les photos accrochées au mur : des images en noir et blanc de Scianna, un fameux photographe sicilien de l’agence Magnum.

Bien vite, plus qu’amateur de photos, A., le barman et patron du lieu, s’est avéré féru de ciné, d’histoire, de politique et aussi – heureusement pour nous – francophone et francophile.

C’est ainsi que A. nous a assisté activement dans une longue enquête sur les services publics postaux dès notre arrivée en Sicile : « C’est du Simenon ! », disait-il. Nous n’avions pas reçu un colis envoyé depuis la France en Chronopost à 55 euros le port, contenant nos deux nouvelles Cartes bleues suite à l’expiration en même temps des deux anciennes… (La poste, le saviez-vous, soustraite pour ce service la boite de courses internationales TNT… Mais nul ne peut expliquer, même pas A. après son enquête, pourquoi le colis en question est arrivé au dépôt d’UPS… Entre temps nous avions fait opposition… Vive l’ersatz de service public restant !)

Ces jours-là, nous n’avions pas un sou faute de cartes, pour boire un coup chez A. Pour le remercier, nous avons décidé de nous rattraper.

Au départ, le soir, au bar, A. adore nous parler de Carla (Les Italiens en général parlent aux Français avec curiosité et ironie de la femme de Sarkozy). Mais A. a ce petit plus : il imite à merveille la monotonie des airs niais de la première dame de France. En bons patriotes, nous sommes donc venus boire de la bière chaque soir dans ce lieu où l’on sait apprécier ce qui arrive encore à faire monter la cote de popularité de son sous-Berlusconi de mari.

Et parfois, A. m’envoie acheter la bière que nous voulons boire à l’épicerie d’à côté, chez la commère du coin qui lui taille une sale réputation d’homo fétard anti-Berlusconi !

Il faut répéter que nous sommes à Syracuse, une ville historique de 150 000 habitants, qui se revivifie le jour de la procession de la sainte Lucie,  où la bibliothèque municipale dans laquelle je vais à l’occasion travailler semble moins achalandée que celle de la banlieue d’Angers de 15.000 habitant où vit ma mère. Ce grand vide culturel est sûrement ce qu’il y a de plus affligeant en Sicile (après la mafia… mais ça va avec !)

En buvant cette bière du soir, nous lisons les quotidiens du coin. Immanquable : la météo ! Où il fait toujours beau. A. est persuadé que le temps annoncé est le temps souhaité…

L’autre rubrique sur laquelle nous nous ruons est très « people » à sa façon. A. dit qu’il s’agit là des « stars du jour ». A l’occasion, telle une groupie, je découpe le portrait de cette étoile locale.

 
article-syracuse-presse.jpg
Comme la photo de Paolo, un djeun du cru arrêté avec 3 grammes de shit dans sa bagnole. Les Carabinieri de Syracuse, heureux de tenir entre leur main ce gros poisson, ont été fouillé dans sa chambre et ont trouvé 6 grammes supplémentaires. Moi je dis : le bagne ! Il faut au moins ça à ce Sicilien à peine majeur, des fois qu’il aurait l’idée d’aller concurrencer les têtes de Cosa Nostra alliée aux politicards du coin qui, elles, font moins dans la dentelle.

Puis comme A. est vite devenu un vieux poteau, las de son goût nostalgique de quarantenaire pour un certain rock soft des eighties, nous avons chargé notre musique sur une clé USB dans son ordi… Et là, le flash ! A. s’est mis à reprendre : « Je suis cooooooooooonnnnnnnnnnnnnnnne ! » C’est vrai : il ne sait pas passer l’aspirateur. Et A. a probablement manqué son évolution spirituelle, comme le chante Brigitte Fontaine… Mais peu à peu, le bar s’est vidé… et  A. s’est dit qu’il fallait arrêter avec Brigitte.

Alors sont arrivés au mouillage, à côté du Basta, deux Bretons à bord d’un catamaran. La classe : un cata de régate qui file à 25 nœuds… Nous les avons emmené au Bar. Deux jours plus tard, pour fêter leur départ, ils amenaient plusieurs cubis d’un petit vin sicilien et des pizzas magnifiques. Ce soir là, vers minuit, A. a embarqué avec eux jusqu’à Palerme pour son baptême de mer. Ni Carla, Ni Brigitte. Le cata a mis les voiles avec Manu à donf. Manu Chao.

Notre ami sicilien A. est revenu de cette aventure plus français que jamais, coiffé qui plus est d’un bonnet de marin… Et au bar, à partir de son retour, nous avons écouté Tri-yann et dansé la bourré sur du folklore irlandais…

Jusqu’à l’arrivée dans la baie d’un autre catamaran français. Pas du même type. A bord, un jeune pêcheur Breton et un Suisse, venus de Martinique, pour convoyer ce rafiot peu rassurant depuis la Grèce jusqu’à ce DOM…

Et rapidement, le bar de A. s’est mis à diffuser Didier Super : « Les Bretons sont tous des enculés ! Ils nous font chier avec leurs binious… ! »

A. est devenu persuadé que les Bretons sont tous des enculés, au point qu’il voulait même vendre son bar de Syracuse pour ouvrir un resto sicilien « spaghettis/moules » à Douarnenez …

Puis le cata en question a coulé, au mouillage après avoir chassé dans un coup de vent (il était fait de planches cloutées…) Une chance pour les convoyeurs : ils ont quitté la Sicile en avion (et en vie).

A Syracuse, la procession de la Sainte Lucie est passée dans l’autre sens.

Nous sommes repartis dans notre petit hôtel de Palerme : une commande d’un hebdo national  sur le mouvement antimafia.













Avec tout ça, Noël, le nouvel an, trois mois se sont écoulés en Sicile.

Il y aura bientôt une fête d’adieu où l’on ne diffusera pas Carla. Mais Brigitte.


 

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25 novembre 2008 2 25 /11 /novembre /2008 13:39

Si on nous avait raconté cette scène vue dans une rue de Palerme alors que nous étions assis à la terrasse d’un bar, on ne l’aurait pas cru. J’aurais dit à cet hypothétique conteur :

« Allez, arrête un peu de déblatérer tant de clichés ! » Mais Palerme, dans cette rue, n’est que clichés. Cliché de la Sicile. Imaginez la ruelle d’une vieille ville méditerranéenne bordée de bars dont les tables et les chaises gênent l’entrée des immeubles et la circulation des véhicules. On sert dans ces lieux bruyants surtout fréquentés des étudiants de grandes bouteilles de bière Moretti à 1,5 euros et des Panini salami à 1 euro en promo. Celui qui n’est pas trop regardant sur la netteté de la cuisine, peut consommer-là victuailles et breuvages jusqu’à plus soif. Mais ce n’est pas tant l’abus d’alcool qui est caractéristique de cette rue de Palerme, bien qu’un ou deux larrons la traversent en titubant à l’occasion. C’est « the » patron, le « boss » du coin.

L’homme est un quinqua bedonnant très peu discret dans son pantalon de toile rouge, sa chemise blanche ouverte sur un torse velu où scintille un médaillon en or à l’effigie de la sainte vierge comme le porte beaucoup de Siciliens. Il semble omnipotent, crie vers l’autre bout de la rue interpellant un barman plus bas, puis un autre plus haut. C’est simple : la rue lui appartient. D’abord, il parle avec de grands gestes tout en étant suspendu à son téléphone portable. Puis il place un immigré indien bredouillant l’Italien devant un stand de cacahouètes à un euro le paquet. Il lui crie dessus, l’envoie chercher des chaises pour la terrasse d'un bar dont l’immigré n’a visiblement rien à faire, comme s’il s’agissait là d’un tribut pour pouvoir obtenir le droit de placer sa charrette à cacahouètes. A peine l’Indien est-il revenu avec deux chaises, qu’il doit repartir en chercher deux autres, puis doit en ramener parce qu'il y en a trop, et puis non, il en faut finalement une autre. Et le boss de gesticuler au milieu de la rue, d’interrompre ses cris sur l’Indien pour une brève conversation téléphonique jusqu’à ce qu’un scooter pile devant lui. Son conducteur lui tend alors un autre téléphone qu’il empoigne. Le voilà qui vocifère de nouveau deux ou trois ordres, le rend à son possesseur qui redémarre en trombe. L’indien s’est déjà vu relancer l’ordre de déplacer d’autres chaises. Il paraît de plus en plus gêné. Il reste impuissant, humilié.

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Et nous pensons en le regardant, nous qui venons de rencontrer pendant 4 jours des militants antimafia luttant notamment contre le

« pizzo », ce racket encaissé par Cosa Nostra, que cet immigré - qui plus est – pourrait bien le payer. 80% des commerçants de Palerme verse à la mafia un pizzo. Rien que dans cette province, alors que la pratique est généralisée sur toute l’île, la valeur extorquée s’élevait à 220 millions d’euros en 2006, soit l’équivalent de 175 euros par habitants. Mi novembre, comme dans un mauvais film, le président des industriels d'Agrigente où un mouvement antipizzo s’initie chez les entrepreneurs, a reçu un sinistre colis : un cercueil miniature surmonté d’une croix… (Notre reportage devrait s’intituler « Le cran des Siciliens »). Rentrés à l’hôtel, encore troublés par cette scène, nous allumons la télévision de notre chambre. Le canal sicilien montre un débat dans le parlement local visiblement axé sur la mafia. Les élus s’empoignent verbalement entrecroisant les mots « mafia » et « antimafia ». Le flash info qui suit montre l’arrestation d’une poignée de truands qui avaient kidnappé un entrepreneur pour le rançonner. Plusieurs voitures venaient aussi de s’enflammer. Encore la mafia. Alors, pour tenter de se changer les idées, nous avons zappé sur une chaîne nationale. Berlusconi y faisait un discours en Russie durant lequel il qualifiait le nouveau président élu des Etats-Unis « de jeune, beau et bronzé ». Sidérés, nous avons encore zappé. Sur le téléachat italien, un type en mise en plis grisonnante du genre perruque de Louis vendait des diamants… Nous nous sommes endormis, cette nuit-là, sourire aux lèvres, en se disant, qu’au pays de Berlusconi, mieux valait rire que pleurer.

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A propos des auteurs

Elle est journaliste-pigiste. Pour consulter son book en ligne, cliquez ici : https://cecileraimbeau.wordpress.com/

Il est photographe, distribué par l'agence Réa. Regardez son site pro en cliquant ici

 

 

Notre premier périple sur notre voilier de 6m50 le "Bourlingueur", relaté dans deux numéros de Voiles et Voiliers de 1995 ici et .

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