Non, ce n’est pas l’équipage du Basta éméché à la sangria ou traumatisé par la mésaventure avec la police barcelonaise qui décrète ce mauvais scénario de SF. C’est Jacques Atalli !
Bon, c’est vrai qu’il dit pas mal de conneries surtout ces derniers temps.
Mais là, Atalli mérite d’être écouté.
Je décris un débat TV sur le plateau de Ce soir ou jamais (Incroyable ! à bord, dans notre marina à cartes magnétiques et caméras de vidéo-surveillance, nous avons wifi, donc nous pouvons podcaster !). Le débat réunit des futurologues. Nos sociétés vont s’orienter vers de plus en plus de peurs, donc de contrôles – d’où le pouvoir des assurances… etc
Je cite Atalli : « Nous irons vers une surveillance accrue. Et même une auto-surveillance. Nous aurons si peur de ne pas être conformes à la norme que nous surveillerons nos propres écarts à cette normalité »… Ainsi, nous vivrons dans l’illusion totale de notre liberté, étant seulement « libres de créer les conditions de la jouissance de notre servitude ».
Ça y est : Basta est assuré chez un assureur dénoncé par Amnesty International pour ses investissements dans les mines antipersonnel... C'est idiot, nous réalisons justement une enquête (sur un tout autre sujet) pour la revue française d'Amnesty !
Quand ils n'écrivent pas dans les journaux des ONG, les journalistes sont de toute façon habitués à travailler pour des marchands de canon qu'ils le veuillent ou non.
Basta est donc assuré. Je ne détaillerai pas ici la globalité des démarches et des astuces qu’il a fallu trouvées pour que le bateau retrouve enfin la possession de son droit de circuler. Disons seulement que notre voilier a recouvré ses papiers.
Un autre intervenant sur le plateau, Joel de Rosnay, je crois, annonçait la web-résistance. Une sorte de bienveillance en réseau qui supplanterait finalement ce monde engoncé dans ces phobies. Et l’on irait vers l’assurance peer to peer d’internautes rebelles s’assurant entre eux… Des volontaires ?
CR
Me reviennent à présent les paroles de Claude Bébéar qui, à l’antenne de France Culture, racontait comment, quand il était plus jeune, il avait pressenti que le développement industriel de l’après guerre allait être accompagné de prises de risque et donc, de l’assurance. Il se satisfaisait de sa bonne fortune … Il n’avouait surtout pas d’avoir su voir que tout entrepreneur industriel n’a pour but que de ne jouir d’un confort qu’après peut-être une prise de risque. Et c’est ce confort là qu’il faut assurer. Nous, qui refusions cet état, avons assuré Basta … responsabilité civile et enlèvement d’épave… chez AXA !
Sommes-nous plus responsables maintenant ? Peut-être que nous allons faire moins attention dans les ports puisque si nous abîmons un autre bateau ou blessons quelqu’un, c’est l’assurance qui paît ! Nous avions encore le choix dans les eaux françaises, maintenant non. Et nous allons avoir de moins en moins le choix.
DH