Carnet de bord de deux journalistes en voilier
Nous l'avons d'emblée appelé « Pigeonneau ». C'était certes un peu ridicule, mais cela nous a semblé tellement plus simple que sa matricule bagué à la patte « FCI2011FCC Cuba 534009 ». Pigeonneau est arrivé dans une belle envolée directement sur la table du carré. Il nous a surpris. Nous naviguions déjà depuis six jours, au près. Et, si la Jamaïque n'était qu'à une centaine de milles nautiques, BASTA évoluait bel et bien en plein large, sans côte à vue.
On lui a donné à boire dans un bol, il a bu. On lui a donné des crackers écrasés dans une assiette, il a mangé. Puis il s'est installé sur un petit coussin moelleux et a dormi. Nous aussi d'ailleurs. Au réveil, nous en avions fini avec l'envie d'offrir gîte et couvert à cet opportuniste qui prenait le BASTA pour une « guagua », l'autobus public cubain. Il avait chié sur la table, sur le coussin... Alors nous avons nettoyé et aimablement posé Pigeonneau au fond du cockpit avec son bol et son assiette pour le motiver. Il a re-bu et re-mangé, puis il a tout tenté pour re-rentrer : par la porte, par les hublots. Affectueux, Pigeonneau avait décidé de dormir dans notre bannette. Il portait aussi un certain intérêt aux questionnements de René Dumont en 1970 : "Cuba est-elle socialiste ?"...
Nous avons nettoyé et re-nettoyé en nous demandant pendant les deux jours qu'il nous a accompagné, mais qui sont donc, d'entre nous, les pigeons voyageurs ? Lorsque les montagnes qui entourent Cienfuegos se sont dessinées à l'horizon, au bout de neuf jours de mer, nous avons lancé en l'air Pigeonneau. Il est revenu à plusieurs reprises avant de se rendre compte que la terre socialiste était enfin accessible... Alors BASTA est arrivé à Cuba avec son équipage habituel.