Carnet de bord de deux journalistes en voilier
J’ai calqué notre route maritime sur une feuille, puis j’ai tourné la feuille. J’ai obtenu le profil d’un visage doté d’un front et d’un nez bien saillants. Cette route zigue-zaguante, c’est celle qui est tracée sur notre carte marine et qui relie Mallorca à l’endroit où nous avons accosté cinq jours après avoir quitté les Baléares : Melilla. Pourtant, seuls environ 360 milles nautiques ( 650 km) séparent ces deux points. En ligne droite, nous aurions du mettre 3 jours.
Mais nous naviguons en Méditerranée : d’abord vent de sud-ouest, puis de nord, passant au nord-est, puis à l’est en passant par le sud etc… Le tout avec différentes forces de vents allant de la pétole au grand frais officiel agrémenté de rafales bien plus puissantes. Généralement dans ces conditions, la mer est contraire au vent et forme une sorte de marmite bouillonnante, parfois couverte d écume. Dans ce cas, le marin se dit toujours à un moment : « Mais faut être dingue pour prétendre aimer ça ! »
Nous devions arriver avant le 17 avril à bon port, date à laquelle commençait le festival de musique soufi de Fes que Daniel s’était engagé à couvrir pour un quotidien espagnol, avec et grâce à l’ Incorrigible journaliste Karine.
Nous sommes arrivés le 16. Daniel serait arrivé à la nage de toute façon s'il avait fallu.
Basta est donc amarré à la marina de Melilla, enclave espagnole au Maroc de 20 km2 cerclée de barbelés. Pas de soucis de vol : un flic tourne en permanence autour de la marina passant toutes les 10 minutes devant le bateau. Il sassure que des immigrés clandestins n'arrivent pas à la nage dans le port. Drôle de bled où l’on ne sait plus trop qui est enfermé derrière les barbelés (?)
Pour l’équipage du Basta, c’est un nid de sujets et une base pour partir en reportage au Maroc. Ce pays est juste là, à trois coups de pédale en vélo. Derrière la frontière, ça grouille de Marocains, d’Africains. Ils commercent, trafiquent, survivent, tentent de passer dans ce premier monde qui marche de travers…