Carnet de bord de deux journalistes en voilier
Préparation : dans la matinée, Daniel pédale jusqu’au Brico-truc du coin. Il doit acheter du contre-plaqué, en planches, de 1m50 sur 30 cm, afin de protéger l’étrave du bateau contre les plaques de glace que nous allons heurter par endroit. Cependant, une fois dans les rayons du magasin truc-pipin, il tombe sur une promo : un lot de 4 panneaux en PVC long de 2m50, large de 30 cm. « A 4,75 euros, c’est pas cher ! » A la caisse, il croise justement le chef local du service fluvial : « ça va tenir le coup, tu crois ? » « On verra ! »« 14 euros, monsieur s’il vous plait ! », sourit la caissière… Une erreur d’étiquette. Trop tard ! Il repart avec le PVC sous le bras.
L’avantage : le PVC est souple. Il épouse la forme de l’étrave. Nous y appliquons deux plaques l’une contre l’autre, plaquées de chaque coté du bateau, percées, tenues par des bouts, par le haut et par le bas…
On y va ! Sauf qu’à la sortie de « notre écluse » - celle devant laquelle nous avons passé une quinzaine de jours et où nos amis cévenols sont venus fêter le premier de l’an armés de victuailles et autres éléments naturelles qui poussent chez eux - un petit banc de glace de 20 mètres de long suffit pour commencer à crever notre installation.
Nous serons bloqués juste après Foulain, devrons revenir en arrière à la halte nautique. Histoire de passer la journée à renforcer notre armure d’étrave avec une troisième couche :
1 : la bâche, 2 : le PVC, 3 : des planches en bois formant un « V » bien fermé par des plaques de caoutchouc solidement vissées.
Pas de chance : il regèle la nuit. Nous restons à Foulain, à imaginer y passer deux mois.
Un sympathique autochtone croisé devant la boulangerie rassure : « Dans le temps, c’était moins 28 degrés ici. Un mètre de glace, j’vous dit ! » Le ponton donne sur le cimetière. Nous sommes sur la rive des morts. « Ce bateau est parfait ! Y’a que sa position qui merde… », soupire Daniel.
Mercredi 9, Basta repart pourtant. Pas pour longtemps, bloqué par un bief gelé sur 600 mètres. Daniel, à l’avant, armé d’une gaffe, tape comme un fou sur la glace, écartant les morceaux brisés, pendant que je régule le moteur. Point mort. Légère marche avant. Point mort etc

Il martèle. Mais on n’avance pas. « Daniel, arrête ! On n’y arrivera pas ! Il relève enfin la tête : « Ah c’est vrai ! ». Nouvel amarrage, à la sauvage, à des pieux taillés au poignard dans le bosquet.
Le 10, à l’attaque ! Dans le sillage d’une péniche.Nous avançons doucement. Il a plu dans la nuit, la glace est moins dure. Mais à la sortie de cette mauvaise passe, l’allure des planches n’est pas rassurantes : elles sont défoncées, le PVC est rayé. Au moins, ça a servi.
Par la suite, il manquera d’eau dans plusieurs biefs où la péniche s’échouera. Et nous derrière. Pas grave : on effleurera juste la vase. Rien à voir avec ce qui va nous arrivera plus tard…