Carnet de bord de deux journalistes en voilier
Il aura fallu bien moins à BASTA pour rallier Paris à la Méditerranée, en passant par le pôle Nord – enfin, son équivalent chaumontique : 49 jours et 7 heures en arrondissant. Bon, c’est vrai, nous avions prévu 15 jours…
Dans l’attente de son re-matage, en préparation, BASTA est a amarré à Port Saint Louis du Rhône. En arrivant, Daniel s’est écrié : « C’est ici que commence l’aventure ! » Moi qui croyait qu’elle était bien entamée…
Retour au 26 janvier.
Après une dizaine de jours à Marseille (partis en reportages, en train!), la navigation fluviale reprend sans glace, mais avec le courant : sur la Sâone, par endroit, il fait plus de 5 kilomètres/heure. (Pour les initiés, le GPS indique que Basta avance à 10 nœuds, alors que le loch marque une vitesse à 6,5 nœuds !)
Ça change. Désormais, non seulement il y a du courant, mais il est favorable, et les d’écluses se font rares. Mais quelles écluses ! A la première, Daniel monte à l’échelle avec les bouts à la main. Il s’apprête à amarrer l’avant à quai et retenir l’arrière en régulant la longueur à mesure du bassinage. Comme nous faisions sur le canal.
L’éclusier n’en revient pas : « Mais qu’est-ce que vous faites là ? », vient-il demander, descendu de sa tour, une très haute tour. Il explique : « Pas de ça ici, le dénivelé fait 12 mètres ! »
Eureka. Les bollards sont mobiles, ils descendent avec le niveau du bassin. Sur le Rhône, idem. Avec des dénivelés de 15 mètres. Le Basta s’enfonce entre deux grands murs en béton dignes de site nucléaires James-bondesques.
D’ailleurs, sur le Rhône, on comprend vite pourquoi une interdiction de manger le poisson est récemment tombée. L’exotisme est fait de fumées, de torches enflammées, de radioactivité… Un son et lumière permanent. Avec une troisième dimension olfactive.
Un mistral à 60 kilomètres/heure pousse le Basta avec le courant. Dans les bras très larges, les creux se forment. La crête des vagues s’envole.
Bémol : la traversée de Lyon, magnifique ! Et l’escale, sympa, avec les amis lyonnais à dîner à bord.
Et la traversée d’Arles… C’était presque un trip plat, du genre touristique. Quand, juste à la sortie de cette belle citée - au kilomètre 284,5 - un choc ! Basta cogne, gîte, se met travers au courant. Un banc de sable ! Daniel, à la barre, qui rêvassait, est à peine sorti du chenal marqué par un alignement de bouées vertes.
Nous avons tout essayé : marche arrière toute, marche avant toute, rappel pour faire gîter plus le Basta. Ancre mouillée en annexe à la rame, en remontant un courant de 3 nœuds. Résultat : le guindeau casse ! VNF ne répond pas à la radio VHF.Au bout de deux heures, ayant tout essayé, en ayant assez de voir, non loin, à la jumelle, l’embarcation des pompiers amarrée à un quai, nous les appelons !

Merci les pompiers d’Arles ! Avec un 115 chevaux, ils ont eu du mal à nous désenliser. Heureusement, ils ont insisté. En nous accostant, en effet, ils avaient prévenu : « Si ça ne marche pas, on vous débarquera par sécurité et on appellera un remorqueur à vos frais… » Gloups…
Le reste de l’embouchure du Rhône, sans carte, très peu balisée, a été – comment dire – un rien angoissante … Jusqu’à l’arrivée à Port Saint Louis, de nuit.
Là où l’aventure commence.