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5 mai 2014 1 05 /05 /mai /2014 09:09

Comme c'est de tradition à Cuba, le mois de mai a démarré en beauté. Nous avions pourtant toujours lu que le premier de ce mois-là sur l'île des frères Castro était un jour de tristes défilés obligatoires sous la seule bannière de la propagande la plus caricaturale. Le 1er mai que nous avons vécu, dans la ville de Santi Espiritu, rayonnait cependant de joie, de fête et de culture populaire. Tôt dans la matinée, l'avenue principale et le parc de la grande foire agricole grouillaient de familles en goguette. Après le défilé des travailleurs tout sourire pour les photos ou les applaudissements de leurs parents et amis, des troupes de cow-boys à cheval exhibant leurs bottes et leurs éperons astiqués, puis de la batucada déchaînée des jeunes artistes, le rhum et la bière à la tire bon marché ont coulé à flot toute la journée autour des stands de sandwichs de jambons rôtis ou grillés. Nous avons évité les pistes de danse bondées aux hauts-parleurs saturés rabâchant les tubes du moment, préférant nous tailler un chemin vers les scènes de musiciens. Sous un carbet de palmes, la poesia criolla (poésie créole) faisait claquer ses rimes acerbes au rythme de guitares et de percussions. Dans des joutes verbales improvisées s'affrontaient des paysans plein de talent, d'humour et de fierté. Les plus jeunes, un peu plus loin, dans l'arène, tentaient avec grandes difficultés de rester huit secondes à cheval sur le dos de taureaux. Puis, saturés par le soleil, marchant vers notre hébergement, un gîte chez l'habitant, nous nous sommes arrêtés à l'entreprise étatique de télécommunication pour surfer rapidement sur le web. Le nouveau Monde Diplomatique en kiosque a aussi inondé cette journée de son rayon de printemps désintoxiquant. Sa rubrique « livre » y consacre une éloge à nos Chroniques bolivariennes qui sont parues comme un OVNI dans le matraquage médiatique sur la crise au Venezuela de ces derniers mois.

critique Choniques Bolivariennes Monde Diplo mai 2014 recad

 

critique Choniques Bolivariennes Monde Diplo mai 2-copie-1

 

Le jour suivant, nous avons pédalé sur nos vélos une vingtaine de kilomètres jusqu'à la ferme écolo d'un permaculteur de la région. José nous a parlé avec passion de son biogaz effluant de la bouse de ses 18 vaches avec lequel sa famille cuisine, de ses maisons rondes auto-construites en forme d'igloo, de son étang où il élève des poissons dont les carcasses, une fois les filets conservés, servent à nourrir ses animaux, de l'eau qu'il puise grâce à ses pompes éoliennes, des semences qu'il échange avec les autres permaculteurs du coin... Et comme il compte parmi l'une des familles de petits agriculteurs restés propriétaires de leur terre après la révolution (30% des terres agricoles sont aux mains de familles ou de coopératives de paysans), en homme cultivé, en philosophe de la vie aussi qui a pu voyager et comparer, il nous a parlé de sa liberté de paysan, dans son pays si dénigré, mais sans transnationales, sans lobbies agroalimentaires, sans PAC, sans obligations ou normes aberrantes et oppressantes. Et les copieux repas de légumes printaniers et de bon fromage qu'il nous a servi nous ont à leur tour désintoxiqués...

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