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21 décembre 2015 1 21 /12 /décembre /2015 16:43
Une bonne recette de langouste bio-vegan-crudivore de maman Jacqueline !

Une bonne recette de langouste bio-vegan-crudivore de maman Jacqueline !

Bateau BASTA Bateau Basta - dans Les escales
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19 décembre 2015 6 19 /12 /décembre /2015 17:15
A quelle sauce manger Timoteo ?

Nous avons aussi mangé Timoteo, mais pas à la même sauce que la « justice » guatémaltèque...

Timoteo est un habitant de Monte Olivo, une communauté d'Amérindiens Mayas Q'eqchi', perchée dans les montagnes du Haut-Verapaz, au Guatemala.

Depuis la fin de la guerre, on vivait dans ce hameau assez tranquillement. Un peu d'agriculture vivrière et des plantations de cardamone destinées à l'export. Jusqu'au jour où une entreprise a projeté de construire sur la rivière un barrage hydroélectrique grâce, notamment, à des fonds européen et suisse.

Or, à Monte Olivo, la rivière rythme la vie. Les femmes y puisent l'eau à boire et y lavent le linge. Les enfants s'y baignent. Les hommes y pêchent et y font boire les bêtes.

Mais le capitalisme vert, celui qui a réussi à faire bonne mine récemment à Paris, est arrivé comme toujours avec ses gros sabots. Pour imposer son projet agréé par l'ONU comme «mécanisme de développement propre», il n'a certes rien inventé : imposer, mentir, diviser, soudoyer jusqu'à semer la zizanie et la discorde parmi les Q'eqchi' vivant le long du fleuve. On en a aidé certains et employé d'autres, tandis que les durs de tête étaient convoqués, réprimés, criminalisés, emprisonnés... Le gouvernement guatémaltèque leur a même envoyé 1500 policiers l'an passé, obligeant ces familles de paysans à fuir plusieurs jours dans les montagnes, avec leurs enfants dans les bras...

Timoteo est un symbole pour les victimes de cette stratégie : il a passé un an en prison préventive avant que le juge ne reconnaisse son innocence et l'acharnement qu'il a subi. On l'accusait d'avoir tué l'assassin de deux enfants de la communauté. Timoteo aurait, prétendait-on, frappé à mort un ex-employé de l'entreprise hydroélectrique venu un jour armé à Monte Olivo pour régler le compte d'un opposant au barrage. Sauf que le bougre finit par assassiner par balles deux enfants d'à peine dix ans, puis fût lynché sur place, probablement par une foule en colère, et retrouvé dans un fossé...

A qui la faute ? Pas à Timoteo !

Pendant qu'il était en prison et qu'une bonne partie des hommes de Monte Olivo n'osaient plus sortir du hameau parce qu'ils avaient reçu des mandats d'arrestation, nos amis Amalia et Maximo se sont occupés de son épouse et de ses enfants. Tous deux animent un mouvement social maya qui lutte contre le néocolonialisme vert et les grands projets inutiles, tout en organisant l'autonomie amérindienne. Comme c'est leur association qui a aussi assuré la défense de Timoteo, pour les en remercier, celui-ci leur a offert ce qui lui restait : un coq !

Amalia et Maximo ont immédiatement introduit dans leur basse-cour ce splendide gallinacé en le baptisant à son tour du nom de « Timoteo ». La plupart de leurs bêtes portent ainsi des prénoms de leurs amis. Peut-être un jour verra-t-on dans ce petit élevage, une oie nommée « Cécile » ou un bouc baptisé « Daniel », rigolaient-ils lors de notre dernier séjour chez eux, dans un village du Haut-Verapaz proche de Coban. Pour honorer notre visite, ce jour-là, ils ont égorgé Timoteo. Alors nous l'avons mangé à notre tour, non pas tout cru comme l'institution judiciaire guatémaltèque, mais cuisiné lentement au feu de bois dans du vin rouge chilien.

Mieux vaut se noyer dans le vin d'une brique de « Terminator », plutôt que de moisir dans une cave à barreaux, n'est-ce pas Timoteo ?

A quelle sauce manger Timoteo ?
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2 janvier 2015 5 02 /01 /janvier /2015 09:04

bonne année 2015

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3 août 2014 7 03 /08 /août /2014 14:00

La communauté Longo Mai, où Zulma et Ramon ont libéré une petite chambre chez eux plusieurs jours...

 

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le triomphe de la lutte citoyenne contre la mine à ciel ouvert,

un nouveau parti politique au premier plan des luttes sociales et écologiques,

un stage de survie en forêt,

le début d'une longue enquête sur les barrages hydroélectriques d'Amérique Centrale...

Retour d'un voyage en autobus au Costa Rica, micro et stylo en main, avec plein de sujets, de matériels et de chouettes souvenirs...

Vous en saurez plus à la rentrée sur ce blog, avec des liens vers des articles et des emissions de radio...

Bon été à tous ! "Pura vida", comme on dit au Costa Rica !

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24 juillet 2014 4 24 /07 /juillet /2014 09:23

A Cuba, on recherche l'autonomie et l'auto-suffisance alimentaire. Aujourd'hui, certains cubains rèvent d'une révolution plutôt verte que rouge. Le laboratoire parisien a développé et scanné les films 120 utilisé dans mon Mamiya C220. En voilà une petite sélection.

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26 avril 2014 6 26 /04 /avril /2014 11:05


Notre ami havanais aime le métal core bien death. Lorsqu'il était adolescent, il avait monté un  groupe avec trois copains de Havana Vieja, lui à la gratte. Aujourd'hui, notre ami a dans les 35 ans.  Séparé de sa femme, il a un enfant, et vit chez sa vieille maman dans un appartement. Mais il rêve encore de se vêtir d'un t-shirt noir à l'effigie du groupe américain Death dont le défunt chanteur avait une voix gutturale particulièrement caverneuse. Il en est fan. Malheureusement, c'est impossible à Cuba de trouver dans les magasins d’État la panoplie dont il aimerait s'accoutrer. Et c'est aussi difficile pour lui de se racheter une guitare électrique. Trop cher. Jeune adulte, il a vendu la sienne. Depuis, comme on dit ici, « C'est pas facile... ».
Il se souvient : « Il existait à la Havane une cour privée où le week-end les groupes de rock métal venaient jouer. C'était le jardin d'une rockeuse. On appelait cet espace le patio de Maria... ». Mais cet endroit a un jour été fermé. L’État hérité des barbus a voulu peu a peu contrôler et réguler ces nouveaux rebelles chevelus. Il fallait alors, pour être agréés, passer une audition devant une commission qui statuait en mettant des notes de A à C. Notre ami havanais se rappelle du regard hagard de ces vieux juges, probablement imbattables en son,bolero, salsa, rumba, ou trova quand lui et ses amis on fait grincer les cordes de leurs guitares et de leurs voix face à leur jury. Ils avaient obtenu un C. Depuis, ce tribunal du métal kafkaïen a évolué. L'Agence cubaine de rock est née, composée de bon connaisseurs, de rockeurs. Elle dispose d'une belle salle de concert à la Havane où se produisent les 24 groupes qu'elle a agréés, ceux qui pourront éventuellement voyager et représenter Cuba sur la scène rock internationale.

Estigma 01

Notre ami havanais nous y a emmené. Il n'y va plus si souvent. Le ticket d'entrée coûte 20 pesos nationaux pour les Cubains. Son salaire mensuel, versé par l’État, en tant que fonctionnaire d'un service sanitaire, est de 380 pesos. A l'intérieur, le bar se paie en CUC, cette seconde monnaie en circulation dans l'île, environ au même cour que le dollar, inabordable pour la plupart des Cubains. Car un CUC vaut 24 pesos. Autant dire qu'ils n'étaient pas nombreux les jeunes hard-rockeux de la Havane à s'offrir un bière a 1 CUC ou une bouteille de 75 cl de rhum a 3 CUC. (Précisons qu'à Cuba, l'habitation est gratuite ainsi que la santé, l'éducation et que chaque Cubain reçoit, grâce à la Libreta, des denrées alimentaires qui permettent de se nourrir pendant environ une dizaine de jours par mois.) Mais ils avaient pour la plupart les t-shirts que notre ami n'a pas et leurs chevelures oscillaient bien de bas en haut, d'avant en arrière, au rythme d'un groupe déchaîné au core métal d'excellente qualité pour autant qu'on puisse se permettre d'en juger...
Notre ami se souvient encore d'un des premiers concerts métal qui fut organisé en plein air par l'agence. « La police était aux aguets, encadrant la place. Et quand le public s'est mis à pogoter, elle était prête à chargée ! » Avant que la situation s'envenime, il a fallu expliquer aux flics cubains que ce pas de danse d'un genre nouveau n'était pas une baston générale à réprimer... Depuis, les choses ont un peu changé. Aujourd'hui, il existe même un festival international de métal à Cuba que notre ami ne manque pas.
Vers une heure du matin, à la fermeture, quand nous sommes sortis de la salle, tous trois égayés par la bouteille de rhum que nous étions presque les seuls à avoir pu payer, il nous a fait remarquer, envieux et frustré, que le chanteur du groupe agréé montait dans une voiture neuve. Lui n'a pas même les moyens d'une bicyclette. Notre ami havanais a surtout besoin d'une guitare. Il a besoin d'expulser sa rage.

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4 janvier 2014 6 04 /01 /janvier /2014 14:27

Pour commencer 2014, voici un petit tuto de la fabrication de l'arbalète sous-marine que je viens d'inaugurer dans les eaux du Panama.

Mais auparavant, je ne resiste pas à citer une phrase d'Henry David Thoreau extrait de son fameux "Walden ou la vie dans les bois" : « Je préférerais m'asseoir sur un potiron et le posséder bien à moi que d'être à plusieurs sur un coussin de velours. »

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Ce potiron a été récolté par Guédia, une amérindienne Ngöbe, dans son champ qui pourrait être prochainement innondé par le lac d'un barrage hydro-électrique en construction au Panama contre lequel sa communauté se bat. J'y vois bien quelques correspondances entre ce potiron et l'arbalète... Manger ce que l'on a produit dans son potager ou chassé soi-même, avec modération.

Pour l'arbalète, la flèche de 130 cm. de long et de 7 mm. de diamètre m'a été offerte par un ami et très bon plongeur, Stéphane, de passage à bord. Il ne me restait plus qu'à aller acheter du sandow au mètre, une bobine de nylon 2 mm., récupérer les bouts de tôles d'inox, un peu de visserie qui trainaient dans le bateau, et aussi, aller dans un atelier de fabrication de meubles locaux pour acheter 4 euros de bois...
J'ai commencé, après quelques recherches sur internet, par le moulinet. Les flasques sont découpées dans de la tôle d'inox de 12/10 d'épaisseur et d'un diamètre de 80 mm. Le tube entre les flasques est de 20 mm. de diamètre et de 45 mm. de long. Les rondelles jaunes proviennent d'un couvercle d'une boite en plastique. Après quelques soudures et son assemblage, il a l'air de mouliner.

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Puis on s'attaque à la cassette, et là, il me faut remercier le site de l'Italien stefano-soriano.it, le blog de Sined, Nikosgun, ainsi que quelques autres sites d'internet...

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Le mécanisme de la gâchette est découpé dans une tôle de 6 mm. d'épaisseur et la cassette de 7 cm. de long dans une tôle de 10/10.15

Pour le resort, on peut enrouler autour d'une mèche de 2,5 mm. un fil d'inox de pêche, placée dans le mandrin d'une perceuse fixée à un étau, et svp., ne brancher pas la perceuse, je ne tiens pas à être responsable de doigts en moins.

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Après avoir pris en sandwich un bois rouge tropical bien dur, rigide et assez lourd, entre 2 planches de cedro amarillo (un bois peu dense), le tout collé à l'époxy mélangée avec de la sciure de ponçage, on se retrouve menuisier et ponceur... La poignée et le talon sont dans un autre bois, dont je ne sais pas l'espèce, mais qui est bien dur également. On obtient un fût de 42 mm. de haut sur 40 mm. de large, avec une longueur de 110 cm. Pour creuser le guide pour la flèche dans le bois dur du centre, j'ai pris un rond d'acier de 6 mm. martelé à l'extrémité, cela a créé une aspérité, que j'ai utilisé comme un rabot.
Les guides de la ligne de 2 mm. sont réalisés dans des électrodes de soudure 316 L de 2,5 mm.

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Après trois couches de vernis, on part le tester. Il coule légèrement, ce qui n'est pas plus mal... puis au retour, on mange du Pargo rojo, Pagre dents de chien comme on dit en Guadeloupe, ou Sarde dents de chien, ou Zié Pleuré en créole, ou chez les anglophones, Dog Snapper, et pour mettre tout le monde d'accord, les scientifiques parleront du Lutjanus jocu, d'une dizaine de livres pour le plus gros... Je vous laisse choisir la recette, mais à bord de Basta ce fut à la tomate et au lait de coco, en garniture un riz coco, le tout légèrement pimenté et accompagné d'un vin chilien, partagé avec nos amis amérindiens Gunas de l'île de Mamitupu dans les San Blas.

Pour le potiron, Guédia l'avait préparé boulli accompagné de riz blanc et d'une tasse de café, ce qui fut également excéllent.

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4 janvier 2014 6 04 /01 /janvier /2014 09:34

Basta et son équipage vous souhaitent une bonne année 2014...

mamitupu

Plage du village de Mamitupu dans les San Blas.

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9 août 2013 5 09 /08 /août /2013 17:35

C'est difficile de décrire un chant amérindien kuna, tellement il semble insignifiant d'en isoler la tonalité de l'ambiance qu'il créé et dans laquelle il se diffuse. C'est une sorte de litanie assez monotone et d'une sonorité ondulante, psalmodiée par une voix masculine articulant à peine. Il s'agit de celle d'un sahila, le chef spirituel et coutumier d'une communauté kuna. Parfois, un timbre plus grave l'accompagne sans prononcer de mots, juste en fredonnant un air. Soudainement, des voix plus fortes, plus autoritaires aussi, crient un court refrain qui supplante un bref instant ce chant sacré. Elles proviennent de la périphérie de la grande hutte communautaire où se déroule l'événement dans la pénombre et convergent vers le cœur enfumé de l'assemblée où se trouvent les sahilas couchés ou assis sur leurs hamacs allumant dans temps à autre une cigarette. Les hommes qui lancent ces brefs messages sont des genres de policiers kunas, les suar ibgana. Ils n'ont pas de képis. Leur signe distinctif est leur canne, un joli bâton sculpté dont le pommeau représente souvent une tête de perroquet ou d'aigle, le long duquel s'entortille parfois un serpent en relief. Ces policiers passent dans l'assistance où la communauté est assise sur des bancs tournés vers les chanteurs. Ils surveillent l'attention qui est portée aux sahilas et réveillent éventuellement l'auditoire trop assoupi dont la présence est obligatoire. Une absence peut-être punie, notamment d'une amende, voire, si elle est répétée, d'une peine plus embêtante comme une interdiction provisoire de voyager. Nos amis amérindiens, Pablo et Santiago, nous avaient dit ce jour-là que les sahilas chanteraient sur le thème d'un des mythes fondateurs kuna : une histoire de mensonge proféré par un crapaud à deux frères jumeaux. Un instituteur de l'île de Sugdup m'a un jour exposé ce conte dont j'ai malheureusement oublié l'enchaînement. En revanche, nous avons trouvé sur l'île de Wichubwala une mola représentant cette histoire que nous avons punaisé dans la cabine du fond du Basta.

    mola mythe bd

 

[La mola est l'art particulier des indiennes kunas qui consacrent des heures à coudre ces « tableaux » constitués de plusieurs couches de tissus de différentes couleurs et dont elles ornent le devant et l'arrière de leurs chemisiers]. Pour connaître l'art et les traditions kunas, le blog de Michel Lecumberry est une excellente source. Ce Français est arrivé à la voile dans les îles San Blas il y a plus d'une une dizaine d'années, avec sa femme Coco. Fascinés par la culture kuna et le charme des îles San Blas que ces amérindiens administrent de façon autonome, ils ne sont jamais plus repartis du Panama. Son livre qu'il nous a offert « San Blas, molas et traditions kunas » (Tsango-publications) a trouvé une place de choix dans la bibliothèque du bord. Puis Michel nous a conseillé d'aller à Mamitupu et de ne pas oublier d'y saluer un certain Pablo. Nous nous étions arrêté en escale plusieurs fois sur cette île avant d'y être invités à cet événement si important pour les Kunas : le Congrès général annuel de leur culture. Dans la grande hutte communautaire de Mamitupu, les 49 sahilas présents, venus avec leur délégation de toutes les îles des San Blas, vont chanter à tour de rôle pendant cinq jours. Comme le chant de ces chefs est très imagé, truffé de métaphores, Pablo et Santiago nous ont assuré que même si nous parlions leur langue, nous n'y comprendrions rien. Après environ une heure et demi de cette psalmodie mystérieuse, c'est donc le argar qui a rendu intelligible les paroles du chef à l'auditoire kuna. Sorte de traducteur, cet autre personnage important au sein de la communauté, interprète et résume ce qu'a chanté son prédécesseur. Pour nous, qui ne connaissons pour l'heure qu'une dizaine d'expressions kunas, son discours fût une nouvelle mélopée plus cadencée. J'ai pensé en l'écoutant à une sorte de rap kuna tellement la verve de ce argar là semblait fluide, sans aucune hésitation. « C'est l'un de nos meilleurs orateurs », nous a expliqué Pablo. Pablo et sa femme Yacinta tiennent un petit hôtel dans le style kuna constitué de trois cabanes en palmes. Avec Santiago, Pablo comptait parmi l'équipe organisatrice de cet événement qui a demandé une grosse logistique : nourrir et héberger à Mamitupu, une toute petite île déjà densément habitée, quelques 250 personnes supplémentaires pendant cinq jours.

Mamitupu BD

Quelques temps avant l’événement, lors de notre précédente escale à bord de Basta, en secrétaire de la commission organisatrice du Congrès de la culture, Santiago, accompagné du Sahila de Mamitupu, nous avait présentée une lettre très poliment tournée. Elle sollicitait la générosité des voyageurs pour une petite donation qui permettrait de nourrir autant de monde. Nous avions alors remis à Santiago un billet de vingt dollars, puis, de retour sur l'île après un bref séjour à la frontière colombienne, revenus pour assister à ce congrès, nous avions amener dix kilos de sucre sachant qu'une pénurie de cette denrée avait sévi dans la zone : le bateau-magasin colombien qui achète les noix de coco aux Kunas -leur principale activité économique- et leur vend des denrées alimentaires ne passait plus depuis quelques semaines. « Les Kunas ont perdu l'habitude de planter de la canne à sucre », regretta ce jour là Pablo. Mamitupu est l'une des communautés amérindiennes restées des plus traditionnelles dans les San Blas. Chaque matin, à l'aube, depuis le mouillage, nous y regardons des dizaines de pirogues à voiles partir vers le continent où les familles cultivent sur leur lopin du manioc, des bananes plantains, des ananas, parfois aussi un peu fruits à pain et de citrons verts. Durant le Congrès, nous avons goûté à la cuisine kuna dans la grande hutte-cuisine communautaire avec tous les sahilas, invités à déguster une énorme assiette de soupe de riz agrémentée de bananes et de viandes fraîchement chassés par les hommes dans la montagne : du sanglier, du lapin, des gros rongeurs, de l'iguane... Lorsque que nous avons quitté Mamitupu, Santiago nous a remis une lettre très officielle signée par lui-même en tant que « secrétaire de la commission organisatrice du congrès de la culture kuna » et par le « sahila du peuple ». Elle est rédigée avec application à la main sur une feuille d'écolier et nous remercie en une tournure très courtoisement kunas : Au nom des autorités kunas de Mamitupu, elle nous souhaite de « brillantes réussites et beaucoup de prospérité dans nos fonctions et activités quotidiennes ». « Remercie [nos] personnes distinguées pour leur noble et louable geste qui [nous] a toujours caractérisé et pour [notre] esprit noble et infatigable toujours disposé à aider les communautés kunas ». Nous la gardons bien précieusement. « C'est un si grand honneur pour nous ! » avons-nous notifié à nos amis Santiago et Pablo en la recevant très émus.

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27 avril 2013 6 27 /04 /avril /2013 20:24

Après le Venezuela, BASTA a mis les voiles sur la Colombie. Nous y sommes restés plusieurs mois, très occupés, du moins assez pour oublier de publier un post sur ce blog...
C'est depuis le Panama où nous sommes actuellement que les souvenirs de notre dernière escale aux pays des FARC se bousculent...
Aujourd'hui, par hasard, en fouillant des dossiers dans un disque dur, je suis tombée sur un vieux texte que j'avais écrit, comme ça, pour moi, en 2002. Nous venions de passer une semaine dans un campement de la guerilla des Forces Armées Révolutionnaires de Colombie, qui négocie aujourd'hui la paix à Cuba.
Or, il y a quelques semaines en réactivant de vieux contacts en Colombie, justement, nous avons appris que le commandant du front qui nous avait accepté à l'époque était mort, que sa copine aussi était morte, que d'autres guérilleras que nous avions interviewé lors de ce séjour pour les magazine ELLE et MARIANNE étaient mortes.
Alors en tombant sur ce vieux texte, j'ai eu envie de le divulguer, tel quel, et je me suis dit que Daniel avait peut-être les dernières photos de ces gens qui ne verront jamais la paix, d'Enesto, de yira, et des autres, tant d'autres...

 

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"Il a laissé sa kalachnikov dans sa camionnette. Il est sorti, décontracté, un rien débraillé et mal rasé, en tenue de camouflage, chaussé de bottes en caoutchouc, ceinturé de pistolets et de grenades dans leurs étuis de cuir noir. Un guérillero de chair et d’os fait toujours frissonné. Mais dès qu’Ernesto a parlé, je suis restée béate, sans voix, un peu gourde. Ce chef de colonne quarantenaire et bedonnant venait de prononcer d’une voix suave « Etes-vous prêts chers amis ? » et il nous fixait de ses yeux clairs de chien battu. En montant dans son véhicule frigorifique sans plaque recyclé en fourgon de transport de troupes, je me suis emmêlé les pinceaux. « Journalistes français », ça il le savait. Et j’ai ajouté, confuse « d’une revue féministe » au lieu de féminine. Lapsus ? Laissais-je entendre mon état d’esprit de parisienne qui venait, à Bogota, d’interviewer toutes les défenseuses de l’égalité des sexes ? En démarrant, Ernesto a viré la tête brusquement, surpris. « Féministe ! » Il a pensé, j’en suis sûre : merde, une chieuse… J’avais voulu lui dire qui nous étions alors qu’il s’en fichait. Il nous faisait confiance un point c’est tout. Cela avait l’air de suffire.

 

Nous étions arrivés la vieille dans un village poussiéreux et déprimant dont nous tairons le nom pour la sécurité de nos interlocuteurs. C’était dimanche, jour de marché, et les paysans allaient venaient dans l’artère principale, une rue en terre défoncée par les poids-lourds débordant et les 4 x 4 déglingués. Le pitt des combats de coqs couvert de tôles rouillées, les épiceries aux étagères clairsemées, les bars à bières, les cantines où l’on ne mange que du bœuf, du riz et des bananes frites, tout était plein. Chaque fenêtre, je me souviens, arborait un étendard mystérieux. Il y avait tellement de guérilleros ce jour-là en ville que j’ai pensé qu’il s’agissait de leur drapeau : la marque de leur contrôle sur ce village sans flic, sans PM, la Police Militaire que l’on appelle aussi la « Putain de Merde ». Mais quelle guérilla ? D’un coté on distinguait, en vert uni avec un brassard rouge, ceux de l’ELN, l’Armée de Libération Nationale ; de l’autre, en camouflage, ceux des FARC, les Forces Armées Révolutionnaires de Colombie. Ils discutaillaient par petits groupes ci et là au coin des rues. Cohabitaient-ils ? « Vaguement » m’a-t-on discrètement répondu, ajoutant : « Evidemment, ils sont un peu en concurrence… » Ces drapeaux ? « Rien que l’emblème du village. » Pour une raison spécifique ? « La mort d’une de ses fondatrices. » Un assassinat ?  Rires… « En Colombie, parfois, certains arrivent à mourir de vieillesse ! »

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Doña Maria, je crois, s’appelait la défunte tant respectée de cette bourgade conquise à l’allumette, débroussaillée aux brûlis. Tout autour, les montagnes grillées, pelées, carbonisées témoignaient d’une pyromanie ancestrale, d’une ignorance atavique des lois de la nature, voire d’une indolence climatologique. « Ou d’une fainéantise congénitale ! » interprète le procureur public du village. Jeune avocat débarqué de la ville, il raconte comment il s’essouffle à expliquer des notions basiques d’écologie et d’agronomie, à tenter d’organiser les planteurs en coopérative. Mais en vain. « Les paysans du coin préfèrent abattre la forêt que cultiver. Et les rares qui cultivent, crament la forêt… » Ainsi vit-on dans cette bourgade désolée de la cordillère orientale.

 

En ce 3 février 2002, à midi, ce diplômé pimpant nous a entraînés dans une arrière-boutique où la télévision diffusait bruyamment le flash d’information national. « Une sénatrice en campagne abattue par les FARC », annonçait gravement le présentateur cravaté de la chaîne Caracol. Sur le coup, tout le monde s’est tu. Puis une communiste a franchement lancé : « Cette salope était la femme d’un type véreux emprisonné. Elle se la coulait douce avec les fonds de pension qu’ils ont détourné. » Je sais qu’elle est communiste. Elle me l’a dit. Elle appartient au parti clandestin, pas à celui qui a encore un pas de porte et qui défend la paix. Elle soutient la lutte armée depuis que l’aile politique des FARC s’est fait décimée, à partir de 1985, après que le président Belisario Betancur a signé un accord de paix entériné par un cessez-le-feu. La guérilla marxiste c’était alors lancée dans l’arène politique sous l’étiquette Union Patriotique. Mais en 1986 et 1990, ses deux candidats aux présidentielles ont été descendus en pleine campagne. Des milliers d’assassinats ont continué à anéantir le mouvement. « 4000 de nos meilleurs éléments sont morts ! », rage cette militante.

 

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C’est elle qui a parlé de nous à Ernesto après le flash infos. Ce commandant des FARC traversait le village dans sa camionnette distribuant par sa fenêtre ouverte de fermes poignées de main aux paysans. Il était accompagné d’une brune en treillis au visage fin. L’une de ces guérilleras mi-douce, mi-dur, tellement ambivalente, si féminine en dépit de l’uniforme. Il a dit sans chichi « d’accord pour demain » en s’éclipsant. Nous les avons revus au bar, le soir même, un enfant dans les bras. A renfort de surenchère de tournées, l’avocat et ses amis avaient couvert notre table de cadavres d’Aguilla, la bière locale. En sortant de ce bar, Ernesto nous a salués et, ironique, a lancé : « Comme ça, vous allez entretenir la guerre ! ». Le patron des brasseries Aguilla est aussi le propriétaire des boissons gazeuses Postobon et du groupe de communication Caracol, l’homme le plus riche de Colombie…

 

Gracieuse, la femme du chef guérillero lui a emboîté le pas, son gosse dans les bras. Elle était superbe, de celles que je voulais rencontrer. Daniel aussi, mon ami photographe. Dans ce chahut éthylique, il m’a lancé un clin d’œil enjoué, persuadé qu’il était du trouble que causeraient ses futures images. Il les avait déjà en tête. Nous ressentions effectivement un dérangement, le fruit d’un sentiment mitigé où se confond répulsion et admiration. C’est un drôle d’état qui, en Colombie, défie les journalistes lorsqu’ils discutent aimablement avec des guérilleros. Ils sentent le piège de n’y voir que la pure lignée du Che Guevara ou, à l'extrême, de répugnants terroristes d’une organisation qui a des centaines de morts sur la conscience..."

Paz !

 

 

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Elle est journaliste-pigiste. Pour consulter son book en ligne, cliquez ici

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Notre premier périple sur notre voilier de 6m50 le "Bourlingueur", relaté dans deux numéros de Voiles et Voiliers de 1995 ici et .

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